DES FEMMES ET DES CHATS, PAR AMIN CHAOUALI, ALCHIMISTE-PLASTICIEN (juillet 2020)

Certaines personnes ont de l’or dans leurs coffres pour affronter les affres du monde, l’artiste, lui, a avant tout son imaginaire, sa créativité, sa poésie, sa folie. L’exercice de son art lui sert alors à voir et appréhender le monde tel qu’il est, mais surtout à le ré enchanter, le ré hausser, et à nous l’offrir magnifié après. Et quand il y met tout son talent, toute sa passion et tout son cœur, cela fait souvent des merveilles. Si en plus c’est un artiste initié aux meilleures techniques et doté d’un authentique souffle mystique, cela donne une œuvre remarquable. C’est le cas du plasticien tunisien Amin Chaouali. Né en 1969, au Kram, familier des sites de Carthage et Sidi Bou Saïd et des doux rivages méditerranéens, très jeune il s’engage avec un tempérament fougueux et passionné dans la réalisation de toiles de type paysagiste.

Nourri de poésie rimbaldienne*, de musique rock et de références picturales impressionnistes, Amin Chaouali affirme très vite une palette singulière. Avec une énergie époustouflante, ce bourreau de travail mène sa vie d’artiste à la fois en décors réels, peignant en plein air, avec la nature vraie pour modèle, et aussi dans la solitude démiurgique de l’atelier, là où, en proie à des introspections psychologiques et spirituelles, il élabore patiemment sa grammaire picturale, son alchimie du trait. Peu de mondanités en dehors de ses propres expositions et vernissages rythment ses prolifiques années de création. C’est l’époque où il puise le plus souvent son inspiration dans la contemplation des visages et paysages l’environnant, dans ses rêves et fantasmes aussi, dans la lenteur du temps qui passe, dans la vitesse du temps passé, dans la joie d’aujourd’hui, et dans le bonheur d’hier. A toute heure de ses journées, quand le roi des étés illumine de toute sa gloire le golfe de Tunis et les jardins de Carthage, il cherche à capter cette lumière tunisienne unique, féerique, magique, celle de l’aube charismatique, celle du zénith radieux, celle du crépuscule alanguie, et celle du minuit ravi aussi. En 2009, un livre d’Art « Amine Chaouali, Couleurs et Lumières de Tunisie » retrace toute cette période.

Après presque 30 ans de pratique professionnelle, d’expositions et de reconnaissances multiples, arrivé à un haut niveau de maturité technique, Amin eut envie de vivre, peindre et proposer une nouvelle esthétique. Il sait que l’hétérogénéité des œuvres est une autodéfense contre les réductions simplistes et faussement rationnelles, un rempart contre les cases et étiquettes. Il change alors de cycle et de style créatif, refonde tout, le fonds, la forme, les sujets, les instruments, développe un nouveau traitement, une nouvelle coloration, il explore de nouvelles textures, et recherche une étendue et profondeur plus ambitieuse, plus proche de lui. Sa peinture sensuelle, flamboyante, spirituelle, qui a fait sa renommée, rejoint désormais la légende de la peinture orientaliste tunisienne, et laisse la place à une veine résolument plus contemporaine et universelle. Pour créer ce nouveau langage formel, sa nouvelle palette, son nouveau toucher, il mélange ses influences picturales habituelles (Paul Cézanne, Henri Matisse, Pablo Picasso, Pierre Bonnard, …) à d’autres itinéraires jusque là moins familiers (Jean Dubuffet, Niki de Saint-Phalle, Gaudi, Frank Stella …), ceux qui ont produit des œuvres où la dynamique du langage est plus expressive que le sens même. Dans cette confrérie d’étonnants créatifs, Amin Chaouali trouve désormais légitimement sa part d’héritage à faire fructifier.

La profonde originalité des nouvelles collections d’Amin Chaouali depuis 2015 réside dans l’énigmatique rapport au tableau que l’auteur impose à ses suiveurs, un rapport fait de mises à distances plus ou moins éloignées, d’exercice visuelles pour découvrir le vrai sujet, d’illusion et jeux d’optique codifiant l’accès et intimité de certaines toiles. Son toucher électrique, sa sensibilité exacerbée, sa lumineuse intensité, sont toujours là, véritable marque de fabrique. Sa soif du sublime est intacte, toujours captivante, mais renouvelée, régénérée. Sa quête d’absolu continue alors sous d’autres formes, avec d’autres motifs, d’autres supports. Convaincu que chaque matériau a une âme et une histoire à raconter, il applique alors simultanément sa démarche à la peinture, au dessin, à la sculpture et à la céramique.

Plus moderne que jamais, c’est en multipliant les portraits de femmes qu’il a pleinement accomplie sa mutation et matérialisé ses idées. Ses muses tantôt carthaginoises tantôt vénitiennes, tantôt new-yorkaises tantôt parisiennes, sont toujours des femmes émancipées, souveraines, bonnes vivantes, des femmes envisagées et acceptées dans toutes leurs complexités et contradictions, des femmes révélées comme rarement, porteuses de dures cicatrices et de doux sentiments, des femmes dégustant des bonheurs furtifs, à coups d’éclats et de fragments. A travers ses réflexions d’artistes, avec son talent accompli de portraitiste, Amin Chaouali nous fait admirer avec lui des femmes aux visages les plus vibrants qui soient, des femmes aux auras les plus magmatiques vues jusque là.

Quant au chat décliné en multiples figurines, cette céramique d’Art très raffinée dont il est un des rares à maîtriser aussi brillamment les différentes phases, il n’est autre que l’alter ego de l’artiste : « Emblème de liberté et d’indépendance, le chat est connu pour être un animal qui ne fait rien par contrainte. Silencieux, mystérieux, intuitif, magnétique, le chat regarde le monde avec un certain détachement. Il porte en lui des secrets et énergies d’un indicible ailleurs. L’artiste est aussi souvent ainsi. » Amin CHAOUALI.

La créativité d’Amin Chaouali procède du cœur, parle au cœur, elle ne prétend pas plaire spontanément mais exprime ce qu’il y a de plus sublime dans l’artiste : la capacité de préserver son intégrité, et de se tourner vers la Beauté même quand l’homme est plongé dans les pires tourments et la plus déroutante des confusions et dépression. C’est sans doute cette ténacité dans la créativité et la perpétuelle quête du Beau sous toutes ses formes qui donne à son parcours et son œuvre ce touchant caractère d’authenticité tant apprécié.

Jean-Baptiste MESONA, Juillet 2020, Sidi Bou Saïd.

*« Elle est retrouvée. / Quoi ? – L’Eternité. / C’est la mer allée / Avec le soleil. », L’Eternité, Arthur Rimbaud, 1872

Exposition Amin Chaouali du Samedi 4 au Dimanche 19 Juillet 2020 chez Galerie Saladin (Sidi Bou Saïd). Collection 2020 avec plus de 40 œuvres inédites (Peinture, Céramique d’Art, Dessin, Installation, Performance). Ouvert tous les jours de 15h00 à 20h00 sauf le dimanche de 10h à 20h. Le matin sur RV (tél 98 264 110).

https://www.facebook.com/events/1109858292725148/

« Des femmes et des chats », exposition d’Amine Chaouali présentée en juillet 2020 à la Galerie Saladin (Sidi Bou Saïd), est bien plus qu’une simple rétrospective : c’est une plongée dans l’âme d’un alchimiste-plasticien, où se mêlent poésie, mysticisme et audace créative. Né en 1969 au Kram, bercé par les paysages de Carthage et Sidi Bou Saïd, Chaouali a forgé un univers artistique unique, nourri de lumières méditerranéennes, de poésie rimbaldienne et d’influences éclectiques, allant de Cézanne à Dubuffet. Après 30 ans de carrière, il propose ici une nouvelle esthétique, résolument contemporaine, où femmes énigmatiques et chats symboliques deviennent les vecteurs d’une quête éternelle du sublime.

Son œuvre, à la fois sensuelle et spirituelle, explore les complexités féminines et les mystères félins, révélant des visages vibrants et des silhouettes porteuses de secrets. Avec plus de 40 œuvres inédites (peintures, céramiques, dessins, installations), cette exposition marque un tournant : Chaouali y réinvente sa palette, ses textures et son langage, invitant le spectateur à une expérience visuelle et introspective, entre réalisme et abstraction, tradition et modernité.


FAQ (Foire Aux Questions)

Qui est Amine Chaouali ?

Artiste plasticien tunisien né en 1969, maître de la peinture, de la céramique et du dessin, connu pour son approche poétique et mystique.

Quel est le thème de l’exposition ?

« Des femmes et des chats » : une exploration des portraits féminins et des figures félines, symboles de liberté et de mystère.

Où et quand a lieu l’exposition ?

Galerie Saladin, Sidi Bou Saïd, du 4 au 19 juillet 2020, de 15h à 20h (dimanche de 10h à 20h). Visites sur RV le matin.

Quelles techniques sont présentées ?

Peinture, céramique d’art, dessin, installation et performance.

Pourquoi les chats et les femmes ?

Le chat incarne l’indépendance et l’énigme, tandis que les femmes représentent la complexité et la beauté universelle.

L’exposition est-elle accessible aux enfants ?

Oui, mais certaines œuvres, par leur profondeur, s’adressent davantage à un public adulte.

Comment réserver une visite guidée ?

Contacter la galerie au 98 264 110 ou via Facebook.


Glossaire

Alchimiste-plasticien

Artiste transformant la matière et les idées en œuvres chargées de symboles et d’émotions.

Pleinairisme

Technique de peinture en extérieur, inspirée par la lumière naturelle.

Céramique d’art

Pièces uniques ou en série limitée, opposées à la céramique industrielle.

Orientalisme

Mouvement artistique s’inspirant des cultures et paysages d’Orient.

Démurgique

Qui crée ou transforme, comme un démiurge (créateur mythique).

Mystique

Relatif à une quête spirituelle ou une expérience transcendantale.


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