À l’embouchure de la Galaure, là où ses eaux se mêlent au cours impétueux du fleuve Rhône, se dresse le château de Diane de Poitiers, fief des comtes de Poitiers-Valentinois. Construit au XVe siècle à l’extérieur des remparts de Saint-Vallier, cet édifice carré, flanqué de tours d’angle, incarne les ambitions d’une lignée dauphinoise ancrée dans le premier cercle du pouvoir royal. Lieu de naissance probable de Diane de Poitiers (en concurrence avec Etoile, près de Valence), il porte les marques d’un passé tumultueux, de l’arasement de ses tours au début du XVIe siècle à l’élégance de ses jardins dessinés par André Le Nôtre. Classé Monument Historique depuis 1944, ce château, aujourd’hui fermé au public, reste un symbole d’appartenance à une histoire riche et complexe.

Une fondation au XVe siècle
Érigé au XVe siècle, le château de Saint-Vallier s’inscrit dans le patrimoine de la Maison de Poitiers-Valentinois, une famille d’origine dauphinoise dont le nom dérive du lieu-dit Peytieux à Châteauneuf-de-Bordette, sans lien avec les comtes de Poitou. Construit hors des remparts de la ville, à un emplacement stratégique près de l’embouchure de la Galaure dans le Rhône, il reflète les impératifs défensifs et seigneuriaux de son temps. Sa forme quadrangulaire, renforcée par des tours d’angle, témoigne d’une architecture typique des forteresses tardives du Moyen Âge, bien que ses origines précises restent peu documentées.
Diane de Poitiers : une naissance incertaine et un drame familial
Le château est intimement lié à Diane de Poitiers, née probablement en son sein, bien que ni la date ni le lieu exact ne soient certains. Fille de Jean de Poitiers, vicomte d’Étoile, seigneur de Saint-Vallier, et de Jeanne de Batarnay, elle voit le jour soit le 3 septembre 1499, soit le 9 janvier 1500, à Saint-Vallier ou à Étoile-sur-Rhône. Ses parents, issus du premier cercle du pouvoir royal, descendent de figures influentes : son grand-père paternel, Aymar de Poitiers, avait épousé en premières noces Marie de Valois, fille naturelle de Louis XI, tandis que son grand-père maternel, Imbert de Batarnay, fut un proche de ce roi. Cette ascendance place Diane au cœur d’un réseau de pouvoir dès sa naissance.
Au début du XVIe siècle, le château subit un revers marquant. Jean de Poitiers est accusé de trahison dans l’affaire du connétable de Bourbon contre François Ier, un procès qui entraîne l’arasement des tours au niveau des murailles, symbole d’une disgrâce seigneuriale. Diane, alors jeune fille, assiste à cette mutilation de son foyer natal, un événement qui préfigure peut-être sa résilience future. Plus tard, elle hérite de son père la baronnie de Sérignan-du-Comtat, où un autre château porte aujourd’hui son nom, mais c’est à Saint-Vallier que s’enracinent ses origines dauphinoises.
Une métamorphose sous l’influence de Le Nôtre
Si le château naît comme une forteresse, il évolue avec le temps vers une résidence plus raffinée. Ses jardins, dessinés par André Le Nôtre – figure centrale du paysagisme français du XVIIe siècle –, introduisent une esthétique à la française, avec des parterres géométriques contrastant avec l’austérité initiale de l’édifice. En 1752, des terrasses sont ajoutées, complétant cette transformation entamée bien après la construction originelle. Ces aménagements, réalisés sous la propriété de la famille La Croix de Chevrières (qui succède aux Poitiers en 1584, bien que cela ne soit pas explicité ici), témoignent d’une adaptation aux goûts des Lumières, loin de la vocation défensive première.
Un monument préservé mais inaccessible
Classé Monument Historique depuis le 21 janvier 1944, le château de Diane de Poitiers est reconnu comme un élément clé du patrimoine français. Situé sur les berges nord de la Galaure, il offre une silhouette imposant. Propriété privée, il reste fermé au public, ses murs gardant jalousement les secrets de son histoire. Ses trois tours subsistantes (la quatrième ayant peut-être disparu lors de l’arasement ou au fil du temps) et son parc à la française se laissent entrevoir, invitant à une contemplation extérieure plutôt qu’à une exploration intérieure.
Conclusion : Une appartenance dauphinoise
Le château de Diane de Poitiers à Saint-Vallier, fief des comtes de Poitiers-Valentinois, est plus qu’un édifice de pierre : il est un lieu où s’entrelacent l’histoire familiale et l’histoire nationale. Construit au XVe siècle, marqué par le drame de Jean de Poitiers, embelli par Le Nôtre et ses successeurs, il reste le berceau probable d’une femme dont le destin s’épanouit à la cour d’Henri II – et non de François Ier, comme parfois suggéré par erreur. Diane, née dans le Dauphiné d’une lignée proche des rois, y laisse une empreinte symbolique, renforcée par son héritage à Sérignan-du-Comtat. Classé mais inaccessible, ce château appartient à la fois à ses propriétaires actuels, à la mémoire de la Drôme et à l’imaginaire d’une Renaissance française dont Diane fut l’une des étoiles.

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