Entre les pentes de la Bastille et les vallées dauphinoises, une institution savante renaît de ses cendres révolutionnaires. En 1842, une poignée d’érudits grenoblois décide de reprendre le flambeau d’une tradition intellectuelle interrompue. Deux ans plus tard, l’Académie retrouve son nom historique et son âme provinciale. Découvrons ensemble cette page méconnue de notre patrimoine culturel, où se joue la préservation d’une identité face à la centralisation parisienne.
En Résumé
L’Académie Delphinale connaît une renaissance décisive entre 1842 et 1844, après des décennies d’interruption et de transformations. Fondée en 1789 à la veille de la Révolution, supprimée en 1793, elle renaît sous diverses appellations avant de se reconstituer définitivement en 1842 sous l’impulsion du maire Hugues Berriat. Le 7 juin 1844, sous la présidence d’Albert du Boys, elle reprend officiellement son nom historique. Cette période marque le début d’une longue présidence de Du Boys (près de quarante-sept ans) et l’affirmation d’une mission régionale : préserver la mémoire du Dauphiné historique, englobant l’Isère, la Drôme et les Hautes-Alpes. Cet article explore les coulisses de cette reconstitution intellectuelle qui a façonné notre conscience patrimoniale régionale.
📚 Une histoire qui commence par un livre : La bibliothèque de Mgr de Caulet (1772)
Pour comprendre la renaissance de 1842, il faut remonter à l’origine : non pas un décret royal, mais un acte de solidarité culturelle. Tout commence en septembre 1771, à la mort de Jean de Caulet, évêque de Grenoble depuis 1726. Parmi son héritage se trouve une bibliothèque privée exceptionnelle de plus de 33 000 volumes, l’une des plus belles de France selon les contemporains.
Le 15 janvier 1772, André Faure, libraire et imprimeur grenoblois, lance une souscription publique pour racheter ce trésor qui risque de s’éparpiller. L’opération mobilise toute l’élite locale : nobles, avocats, procureurs, membres du Parlement comme Louis de Sauzin, médecins dont le célèbre docteur Henri Gagnon, commerçants, professeurs, et même des communautés religieuses comme le monastère de la Grande Chartreuse.
Le 29 juillet 1772, la somme de 45 000 livres est réunie. L’enchère aboutit : Grenoble conserve sa bibliothèque. Cette acquisition collective devient le creuset d’une société savante. L’assemblée générale des souscripteurs désigne douze membres pour constituer un conseil de direction. Ce petit groupe deviendra le noyau de la future Académie Delphinale.
Le docteur Henri Gagnon (1728-1813), grand-père maternel de Stendhal, devient le premier secrétaire perpétuel de cette assemblée savante en 1787. Érudit passionné, il incarne parfaitement l’esprit des Lumières à Grenoble, « à la tête de tout ce qui se faisait de littéraire et libéral » selon son petit-fils. Dans son appartement qui surplombe le Jardin de Ville, avec son cabinet d’histoire naturelle orné d’un crocodile du Nil suspendu à la voûte, il représente cette bourgeoisie éclairée qui fait vivre les idées nouvelles.
⚜️ De la Société littéraire à l’Académie Delphinale (1780-1789)
Le conseil de gestion de la bibliothèque évolue rapidement. De douze membres, il passe à vingt-cinq, puis se structure en véritable société savante baptisée « Société littéraire ». Cette assemblée obtient ses premières lettres patentes de Louis XVI en novembre 1780.
Mais l’ambition grandit. En mars 1789, quelques semaines avant la convocation des États généraux, le roi octroie de nouvelles lettres patentes qui confèrent à l’institution le titre prestigieux d’Académie Delphinale. Ces lettres sont enregistrées le 6 juillet 1789 au Parlement du Dauphiné. Les membres sont alors au nombre de trente-six, parmi lesquels figurent des noms illustres : Condorcet, Dolomieu, Jussieu, Servan, Saussure, mais aussi Choderlos de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses écrit à Grenoble.
L’ironie de l’histoire veut que cette consécration académique survienne au moment même où le Dauphiné entre en ébullition. Un an plus tôt, le 7 juin 1788, Grenoble a connu sa « Journée des Tuiles », considérée par beaucoup comme le véritable prélude à la Révolution française. Juchés sur les toits, les Grenoblois ont jeté tuiles et pierres sur les soldats du roi venus exiler les parlementaires. Cette émeute, suivie de l’Assemblée de Vizille le 21 juillet 1788, a réclamé la convocation des États généraux.
L’Académie Delphinale naît donc dans cette atmosphère de contestation du pouvoir royal, portée par des élites qui revendiquent les « libertés delphinales » face à la centralisation monarchique. Cette dimension provinciale et identitaire marquera profondément l’institution.
⚡ La tourmente révolutionnaire et les métamorphoses (1793-1836)
Comme toutes les académies royales, l’Académie Delphinale est supprimée en 1793 par la Convention. La Révolution se méfie de ces corps intermédiaires jugés aristocratiques. Mais l’esprit de l’institution ne meurt pas. Il se transforme, s’adapte aux régimes successifs.
Dès l’an IV (1796), elle renaît sous le nom de « Lycée des sciences et des arts de la commune de Grenoble », puis devient en l’an X (1802) la « Société des Sciences et des Arts ». Ces années accueillent des figures exceptionnelles : Jean-François Champollion, le futur déchiffreur des hiéroglyphes, qui sera bibliothécaire adjoint avec son frère Jacques-Joseph de 1811 à 1816 ; Joseph Fourier, mathématicien et égyptologue, préfet de l’Isère sous l’Empire ; le compositeur Hector Berlioz qui deviendra membre correspondant.
Mais après la chute de Napoléon et la Restauration, l’activité décline. Vers 1815, la société cesse pratiquement ses activités. S’ouvre alors un trou noir de plus de vingt ans, période d’assoupissement dont l’Académie ne sortira qu’en 1836.
🔥 1836 : L’étincelle de Hugues Berriat
La véritable machine à remonter le temps s’active en 1836. Cette année-là, Hugues Berriat (1778-1854), maire de Grenoble, décide de réveiller l’institution endormie. Cet homme d’énergie rare ne se contente pas de moderniser la ville – le célèbre cours Berriat porte toujours son nom aujourd’hui. Juriste de formation, il comprend qu’une cité ne rayonne que par ses institutions savantes.
Berriat réunit douze pionniers, renouant symboliquement avec le conseil originel de 1772. Ce n’est pas encore « l’Académie » dans son titre – l’assemblée reprend le nom de « Société des Sciences et des Arts de Grenoble » – mais l’esprit y est. Ces hommes ne cherchent pas la gloire personnelle ; ils veulent reconstruire une mémoire collective mise à mal par quarante ans de bouleversements.
Pendant six ans, de 1836 à 1842, ce groupe travaille dans une relative discrétion. On se réunit, on discute, on établit des statuts, on élargit progressivement le cercle. Les membres originels de 1836 disparaissent ou quittent Grenoble, remplacés par de nouvelles élections. Lorsqu’en 1842 la première liste régulière est publiée, de nombreuses élections ont déjà eu lieu et la composition s’est profondément renouvelée.
C’est Hugues Berriat qui pose les fondations : il structure l’institution, fixe le nombre de fauteuils, organise les séances. Mais il ne verra pas l’aboutissement de son œuvre : il meurt en 1854, dix ans après la reprise du nom historique.

🏛️ 1842 : La reconstitution décisive
L’année 1842 marque un tournant capital. La Société se structure définitivement avec cinquante fauteuils de membres titulaires. Ce nombre ne changera qu’en 1889, lorsqu’il passera à soixante. Le système de la cooptation est réaffirmé : chaque membre titulaire occupe un siège numéroté, et à chaque décès, un nouveau membre est élu par ses pairs pour lui succéder, garantissant une chaîne ininterrompue.
La liste des membres de 1842 révèle la composition sociale de cette élite savante. On y trouve une forte proportion de juristes et d’ecclésiastiques, garants de la tradition et de l’ordre dans une société encore marquée par les convulsions révolutionnaires. Magistrats, avocats, professeurs, bibliothécaires, médecins : tous partagent la conviction que le savoir et la mémoire collective constituent le ciment d’une société civilisée.
Parmi les figures notables de 1842, on relève Albert du Boys, ancien magistrat qui va bientôt prendre les rênes de l’institution ; Amédée Ducoin, bibliothécaire de la ville qui assurera le rôle de secrétaire perpétuel jusqu’à sa mort en 1851 ; ou encore Artus de Miribel, propriétaire et maire de Grenoble en 1842.
Cette année 1842 fixe également les domaines d’activité de l’Académie : si l’histoire et l’archéologie dominent – naturellement, puisqu’il s’agit de sauvegarder la mémoire du Dauphiné –, les statuts incluent également les arts, les sciences et les lettres. On y étudie aussi bien la géologie des Alpes que les techniques agricoles ou la poésie locale. L’Académie se veut une assemblée encyclopédique, fidèle à l’esprit des Lumières qui l’a vue naître.
🎯 7 juin 1844 : Le nom retrouvé
Si 1842 est l’année de la structure, 1844 est celle du symbole. Le 7 juin 1844 – date hautement symbolique puisqu’elle correspond à l’anniversaire de la Journée des Tuiles de 1788 –, l’Académie prend une décision historique lors d’une séance présidée par Albert du Boys.
Frédéric Taulier, membre de l’Académie et futur maire de Grenoble, présente un rapport circonstancié. Il y démontre la continuité historique entre la Société littéraire de 1772, l’Académie Delphinale de 1789 et la société actuelle. Son argumentaire convainc l’assemblée : la société décide de reprendre son « nom primitif et authentique ». Elle redevient officiellement l’Académie Delphinale.
Ce n’est pas qu’une question de nomenclature. En reprenant ce nom, l’Académie affirme plusieurs choses fondamentales :
Premièrement, elle revendique sa filiation avec l’institution royale de 1789, et par-delà avec la Société littéraire de 1772. C’est une déclaration de continuité malgré les ruptures révolutionnaires.
Deuxièmement, elle proclame son identité « delphinale », c’est-à-dire provinciale. Face au découpage administratif imposé par la Révolution qui a créé les départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes, l’Académie maintient vivante l’idée du « Dauphiné » comme entité culturelle unique. Son territoire d’étude ne sera jamais un simple département, mais bien l’ancienne province dans ses frontières historiques.
Troisièmement, en choisissant précisément le 7 juin, anniversaire de la Journée des Tuiles, l’Académie inscrit sa renaissance dans la tradition de résistance à la centralisation, qu’elle soit monarchique ou républicaine. Cette date symbolise la défense des « libertés delphinales » contre les empiètements du pouvoir central.
👑 Albert du Boys : Le gardien de près d’un demi-siècle
Albert du Boys (1804-1889) incarne la longévité et la stabilité de l’Académie renaissante. Cet homme va présider l’institution à maintes reprises entre 1844 et 1868, exerçant une influence prépondérante pendant près de quarante-sept ans.
Issu d’une famille de juristes – son père Gaspard-Marie du Boys fut président de chambre à la Cour d’appel de Grenoble de 1816 à 1848 –, Albert du Boys est élevé dans l’hostilité aux idées de la Révolution française et la fidélité aux Bourbons. Après ses études de droit à Grenoble, il commence une carrière de magistrat qui s’annonçait brillante : conseiller auditeur à la Cour en juin 1825, il a toutes les portes ouvertes.
Mais l’histoire en décide autrement. La Révolution de juillet 1830 renverse Charles X et installe Louis-Philippe sur le trône. Albert du Boys refuse de prêter serment au nouveau roi. Considéré comme démissionnaire, il quitte la fonction publique à vingt-six ans. Cette rupture biographique va faire de lui un savant.
Privé de carrière administrative, Du Boys se consacre entièrement à ses travaux historiques et littéraires. Il devient un historien du Dauphiné reconnu, un historien du droit respecté, et un fervent défenseur de la cause légitimiste et des grandes questions qui agitent l’Église catholique tout au long du siècle. Il participera notamment au Concile Vatican I en 1869-1870 comme observateur, laissant des souvenirs précieux sur cet événement.
Sous son égide, l’Académie Delphinale ne se contente plus de Grenoble. Elle embrasse toute l’ancienne province : l’Isère, bien sûr, mais aussi la Drôme et les Hautes-Alpes. Elle devient le trait d’union entre les plaines du Rhône et les sommets alpins, entre Valence et Gap, entre les rives de l’Isère et celles de la Durance.
Du Boys établit également des correspondances avec d’autres sociétés savantes de France et d’Europe, conférant à l’Académie Delphinale un rayonnement qui dépasse les frontières régionales. Il fait de cette institution provinciale une académie reconnue sur la scène scientifique nationale.
📖 Les points clés de la reconstitution
La filiation Caulet : L’Académie est l’héritière directe de la sauvegarde de la bibliothèque épiscopale de 1772. Sans ce geste fondateur de souscription collective, rien n’aurait existé.
Le rôle des « Grands Hommes » : Hugues Berriat (1778-1854), le bâtisseur qui réveille l’institution en 1836, et Albert du Boys (1804-1889), le gardien qui la consolide et la préside pendant près d’un demi-siècle, sont les deux piliers de la renaissance.
Une élite de robe et de plume : La liste des membres de 1842 révèle une prédominance de juristes – avocats, magistrats, procureurs – et d’ecclésiastiques, garants de la tradition et de l’ordre dans une société post-révolutionnaire.
L’identité régionale face au découpage administratif : Contre le système départemental imposé par la Révolution, l’Académie maintient vivante l’idée du « Dauphiné » comme entité culturelle unique englobant Isère, Drôme et Hautes-Alpes.
La cooptation comme système : Le mode de recrutement par cooptation – les membres actuels choisissant eux-mêmes les nouveaux – garantit la continuité intellectuelle et la qualité du recrutement. Chaque fauteuil numéroté perpétue une chaîne ininterrompue depuis le XVIIIe siècle.
L’utilité publique : Ce travail de fond mènera à la reconnaissance d’utilité publique en 1898, consacrant près de soixante ans après sa renaissance le rôle patrimonial de l’institution.
Le Bulletin sans interruption : Depuis 1846, l’Académie publie un bulletin qui archive les communications de ses membres. Cette collection, disponible sur Gallica jusqu’en 1947, constitue une source inestimable pour l’histoire régionale.
❓ Foire aux questions
Pourquoi parle-t-on de « fauteuils » comme à l’Académie française ?
C’est une tradition des académies royales héritée du XVIIIe siècle. Chaque membre titulaire occupe un siège numéroté (cinquante en 1842, soixante depuis 1889). À chaque décès, un nouveau membre est élu par ses pairs pour lui succéder, assurant une chaîne ininterrompue. Le terme « fauteuil » évoque le siège physique occupé lors des séances solennelles, même si le titulaire du fauteuil change au fil des générations.
L’Académie Delphinale s’occupe-t-elle seulement d’histoire ?
Non, même si l’histoire et l’archéologie occupent une place majeure dans ses travaux. Les statuts de 1842 incluent explicitement les arts, les sciences et les lettres. On y a étudié aussi bien la géologie des Alpes que les techniques agricoles, la botanique, la zoologie, ou encore la poésie locale. L’Académie se veut encyclopédique, fidèle à l’esprit des Lumières.
Quelle est la différence entre membres titulaires, membres correspondants et membres associés ?
Les membres titulaires occupent l’un des soixante fauteuils et participent activement aux travaux. Les membres correspondants, souvent éloignés géographiquement, contribuent par leurs communications sans siéger régulièrement. Les membres associés sont une catégorie plus récente. Seuls les titulaires votent pour les nouvelles élections.
Où se trouve l’Académie aujourd’hui ?
Après avoir longtemps siégé aux Archives départementales de l’Isère, l’Académie a rejoint le cadre prestigieux du Musée Dauphinois, à Grenoble, sur les pentes de la Bastille. Ses bibliothèque et archives anciennes sont déposées à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Grenoble.
Qui peut devenir membre de l’Académie Delphinale ?
Contrairement aux académies nationales, il n’existe pas de « candidature » à proprement parler. Les membres titulaires identifient des personnalités intellectuelles et artistiques des départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes ayant contribué significativement à la connaissance ou à la conservation du patrimoine. L’élection se fait par cooptation. La première femme, Anne Leflaive, n’est élue qu’en 1975.
Quel est le lien entre l’Académie et la Journée des Tuiles ?
L’Académie naît en 1789, un an après la Journée des Tuiles du 7 juin 1788, cette émeute grenobloise considérée comme un prélude à la Révolution. De plus, c’est précisément un 7 juin (en 1844) que l’Académie reprend son nom historique, marquant une continuité symbolique avec cet esprit de résistance à la centralisation.
📚 Glossaire patrimonial
Académie : Société savante officialisée par lettres patentes royales, regroupant des érudits dans diverses disciplines. Le modèle est l’Académie française créée par Richelieu en 1635.
Bulletin : Publication périodique de l’Académie rassemblant les communications présentées lors des séances. Celui de l’Académie Delphinale paraît sans interruption depuis 1846.
Cooptation : Mode de recrutement où les membres actuels choisissent eux-mêmes les nouveaux membres, garantissant la continuité intellectuelle et la qualité du recrutement.
Dauphiné : Ancienne province française dont le nom vient du titre de « Dauphin » porté par le fils aîné du roi de France, héritier des dauphins de Viennois qui régnaient sur ce territoire. Le Dauphiné correspond aujourd’hui aux départements de l’Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes.
Delphinale : Adjectif signifiant « relatif au Dauphiné », formé sur le latin « delphinus » (dauphin). L’Académie Delphinale est donc « l’Académie du Dauphiné ».
Fauteuil : Siège numéroté occupé par un membre titulaire d’une académie. À la mort du titulaire, le fauteuil est pourvu par élection d’un nouveau membre.
Lettres patentes : Acte royal officiel établissant une institution ou lui conférant des privilèges. Les lettres patentes étaient « patentes » (ouvertes) car non scellées, à la différence des lettres closes.
Reconnaissance d’utilité publique : Statut juridique accordé par décret à certaines associations ou fondations dont l’activité présente un intérêt général. L’Académie Delphinale l’obtient en 1898.
Société savante : Groupe d’amateurs éclairés ou d’experts se réunissant pour faire progresser la connaissance dans un domaine précis. Les sociétés savantes se multiplient au XVIIIe siècle dans le sillage des Lumières.
Société littéraire : Premier nom donné en 1772 au conseil de gestion de la bibliothèque de Caulet, qui deviendra l’Académie Delphinale en 1789.
Statut delphinal : Charte de 1349 établissant les droits et libertés de la province du Dauphiné, notamment en matière de justice et de fiscalité. La défense de ces « libertés delphinales » fut un enjeu majeur lors de la Journée des Tuiles.
👤 Mini-biographies : Les visages du renouveau
Hugues Berriat (1778-1854)
Maire de Grenoble de 1835 à 1842, Hugues Berriat incarne l’homme d’action au service de sa cité. Juriste de formation, il comprend que le rayonnement d’une ville passe autant par ses institutions savantes que par ses boulevards. C’est lui qui insuffle l’énergie initiale en réunissant en 1836 les douze premiers membres de la société reconstituée. Urbaniste visionnaire, il dessine les grands boulevards de Grenoble – le cours Berriat porte encore son nom aujourd’hui. Mais son œuvre intellectuelle ne lui survit que de quelques mois : il meurt en 1854, dix ans après la reprise officielle du nom d’Académie Delphinale, sans voir la pleine consécration de son projet.
Albert du Boys (1804-1889)
Magistrat déchu devenu historien par nécessité, Albert du Boys incarne la stabilité et la longévité. Fils de président de chambre à la Cour d’appel, il refuse en 1830 de prêter serment à Louis-Philippe et consacre alors sa vie entière à l’histoire du Dauphiné et du droit. Président de l’Académie à maintes reprises entre 1844 et 1868, il exerce une influence prépondérante pendant près de quarante-sept ans. C’est sous sa présidence que l’institution reprend son nom historique en 1844. Légitimiste convaincu et catholique fervent, il représente cette noblesse de robe qui fait de l’érudition un service public. Ses correspondances avec d’autres sociétés savantes européennes donnent à l’Académie Delphinale un rayonnement international. Il meurt en 1889, à quatre-vingt-cinq ans, ayant consacré plus d’un demi-siècle à l’institution.
Henri Gagnon (1728-1813)
Grand-père maternel de Stendhal, le docteur Henri Gagnon incarne l’esprit des Lumières à Grenoble. Médecin érudit, il participe en 1772 à la souscription pour racheter la bibliothèque de Mgr de Caulet. Premier secrétaire perpétuel de la Société littéraire devenue Académie Delphinale en 1787, il est « à la tête de tout ce qui se fait de littéraire et libéral à Grenoble » selon son petit-fils. Dans son appartement qui surplombe le Jardin de Ville, avec son cabinet d’histoire naturelle typique du XVIIIe siècle orné d’un crocodile du Nil, il reçoit la société grenobloise et initie le jeune Henri Beyle à la science et aux lettres. Voltairien convaincu, il représente cette bourgeoisie éclairée qui porte les idées nouvelles. Il meurt en 1813, après avoir traversé toutes les tourmentes révolutionnaires.
Frédéric Taulier (dates exactes à préciser)
Membre actif de l’Académie, Frédéric Taulier joue un rôle décisif dans la reprise du nom historique. C’est son rapport du 7 juin 1844 qui convainc l’assemblée de redevenir officiellement « Académie Delphinale ». Futur maire de Grenoble, il représente cette continuité entre engagement municipal et engagement savant caractéristique de l’élite grenobloise du XIXe siècle. Son nom, comme celui de Berriat, résonne encore dans les rues de la ville.
🔗 Liens utiles
Site officiel de l’Académie Delphinale
www.academiedelphinale.com
Histoire de l’institution, actualités, bulletin annuel
Les Bulletins historiques sur Gallica (BnF)
gallica.bnf.fr
Collection numérisée du Bulletin de l’Académie Delphinale de 1846 à 1947
Musée Dauphinois – Siège actuel de l’Académie
30 rue Maurice Gignoux, 38031 Grenoble
Situé sur les pentes de la Bastille
Archives départementales de l’Isère
Ancienne bibliothèque et archives de l’Académie
archives-isere.fr
Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Grenoble
12 boulevard Maréchal-Lyautey, 38000 Grenoble
Conservation des fonds anciens de l’Académie
Musée de la Révolution française – Domaine de Vizille
Place du Château, 38220 Vizille
Consacré aux événements de 1788-1789 en Dauphiné
Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS)
cths.fr
Annuaire des sociétés savantes dont fait partie l’Académie Delphinale
📖 Bibliographie & Sources
Ouvrages de référence
L’Académie delphinale : 250 ans d’histoire et de mémoire en Dauphiné, Presses Universitaires de Grenoble, 2022.
Bulletin de l’Académie Delphinale, années 1842 à 1850, archives numérisées sur Gallica/BnF.
CHOMEL, Vital, Les débuts de la Révolution française en Dauphiné 1788-1791, Presses universitaires de Grenoble, 1988.
COULOMB, Clarisse, Les Pères de la Patrie, la société parlementaire en Dauphiné au temps des Lumières, Presses Universitaires de Grenoble, 2006.
Dictionnaire biographique de l’Isère, Archives départementales de l’Isère.
GARIEL, Hyacinthe, La bibliothèque de Grenoble, 1772-1878, Imprimerie Dauphin et Dupont, Grenoble, 1878.
OHERNE, Jean, « Un grand président de l’Académie delphinale : Albert du Boys (1804-1889) », Bulletin de l’Académie delphinale, n° 7, novembre 1978, pp. 157-171.
Regards sur mille ans d’histoire du Dauphiné, contributions recueillies par J. Debelmas et Y. Soulingeas, Académie Delphinale, Grenoble, 2001.
TURC, Sylvain, Les élites grenobloises, des Lumières à la Monarchie de Juillet, Grenoble, PUG, 2009.
Documents d’archives
Archives de la famille du Boys, Archives départementales de l’Isère (fonds déposé en 2015).
Liste des membres titulaires de l’Académie Delphinale de 1836 à 1910, document PDF disponible sur academiedelphinale.com.
Rapports de Frédéric Taulier sur la reprise du nom (7 juin 1844).
Registre des délibérations de la bibliothèque publique de Grenoble (1772-1789).
Articles et études
BLIGNY, Bernard, « Albert du Boys et Lacordaire », Bulletin de l’Académie delphinale, n° 7, novembre-décembre 1985, pp. 111-117.
Données BnF : data.bnf.fr/34396410/bulletin_de_l_academie_delphinale
Fiche CTHS Académie delphinale : cths.fr/an/societe.php?id=611
✍️ Note de l’auteur (Appartenances.fr)
En parcourant ces listes de membres de 1842, on croise des noms qui résonnent encore dans nos rues : Berriat, Taulier, Du Boys. Ces hommes n’étaient pas de simples nostalgiques d’un passé révolu. Ils étaient les architectes conscients de notre mémoire collective, ces passeurs qui ont compris qu’une identité territoriale ne se décrète pas, mais se transmet.
Face à la centralisation parisienne qui s’imposait au XIXe siècle, face au découpage administratif qui fragmentait l’ancien Dauphiné en trois départements, ils ont maintenu vivante une conscience provinciale. Non par esprit réactionnaire, mais par conviction profonde que la diversité culturelle enrichit la nation.
Aujourd’hui encore, l’Académie Delphinale poursuit cette mission. Ses soixante fauteuils accueillent des chercheurs, des artistes, des passionnés qui continuent d’explorer notre patrimoine commun. Son bulletin annuel, publié aux Presses Universitaires de Grenoble, perpétue une tradition éditoriale ininterrompue depuis 1846.
Entre la Drôme du Nord que nous aimons tant à Appartenances.fr et le cœur historique grenoblois, cette institution tisse des liens invisibles mais essentiels. Elle nous rappelle que Saint-Rambert-d’Albon, Romans, Valence ou Gap ne sont pas de simples points sur une carte administrative, mais les héritiers d’une histoire commune, celle du Dauphiné.
L’Académie Delphinale nous enseigne une leçon fondamentale : l’identité d’un territoire ne tient qu’à la volonté de ceux qui décident de la transmettre. À nous, aujourd’hui, de poursuivre cette œuvre de mémoire vivante.
Article rédigé pour Appartenances.fr – Promouvoir et valoriser le patrimoine de la Drôme du Nord et du Dauphiné
📍 Informations pratiques
Musée Dauphinois (siège de l’Académie) : 30 rue Maurice Gignoux, 38031 Grenoble
Séances mensuelles ouvertes au public sur inscription
Contact : via le site academiedelphinale.com
Sources vérifiées : janvier 2026
En savoir plus sur APPARTENANCES
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
