Au cœur de la vallée du Rhône, entre vignes séculaires et eaux tumultueuses, Tain-l’Hermitage écrivit un jour d’avril 1350 une page décisive de l’histoire de France. Ce matin-là, dans l’église Notre-Dame de l’Assomption, deux enfants de douze ans échangèrent leurs vœux sous le regard de l’archevêque de Lyon. Charles de Valois, tout jeune dauphin de Viennois, et Jeanne de Bourbon scellaient bien plus qu’une union matrimoniale : ils ancraient définitivement une province entière dans le royaume de France. Découvrons ensemble cet épisode où se mêlent grande Histoire et destin personnel, stratégie politique et foi conjugale.
En Résumé
Le 8 avril 1350, Tain-l’Hermitage accueille le mariage de Charles de Valois, futur Charles V le Sage, et de Jeanne de Bourbon. Cette union, célébrée par Henri de Villars, archevêque de Lyon, intervient moins d’un an après le « Transport du Dauphiné » qui rattacha cette province à la couronne de France. Dans un contexte de Guerre de Cent Ans et de Grande Peste, ce mariage symbolise l’espoir d’un renouveau dynastique et territorial. Nés à treize jours d’intervalle en février 1338, les deux cousins nécessitèrent une dispense papale pour s’unir. L’événement, célébré dans l’église reconstruite en 1338, marqua durablement la mémoire locale et royale. Aujourd’hui, un monument commémoratif rappelle aux Tainois et aux visiteurs que leur ville fut le théâtre d’un moment fondateur de l’unité française.
🏰 Contexte : Un Royaume au Bord du Gouffre
La France dans la Tourmente
Le milieu du XIVe siècle représente l’un des moments les plus sombres de l’histoire de France. Depuis 1337, la Guerre de Cent Ans oppose le royaume de France à l’Angleterre dans un conflit dynastique qui épuise les ressources et désorganise l’administration royale. La défaite de Crécy en 1346 a porté un coup terrible au prestige militaire français et révélé les failles d’une armée féodale face aux archers anglais.
Mais à ce désastre militaire s’ajoute une catastrophe sanitaire sans précédent : la Peste noire. Arrivée en France en 1347 par les ports méditerranéens, l’épidémie fauche entre un tiers et la moitié de la population européenne en quatre ans. Villages désertés, terres en friche, artisans disparus, clergé décimé : c’est une société entière qui vacille. Les contemporains parlent d’apocalypse, cherchant dans les astres ou dans la colère divine l’explication de ce fléau.
Dans ce contexte de désolation, la monarchie capétienne doit absolument se renforcer. Philippe VI de Valois, monté sur le trône en 1328 après l’extinction de la lignée directe des Capétiens, voit sa légitimité contestée par Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. Chaque alliance matrimoniale, chaque acquisition territoriale devient vitale pour la survie du royaume.
Le Transport du Dauphiné : Une Opportunité Historique
C’est dans ce contexte qu’intervient un événement majeur : le rattachement du Dauphiné à la couronne de France. Humbert II de Viennois, dernier dauphin indépendant, se trouve dans une situation désespérée. Ruiné par une croisade coûteuse et désastreuse en Terre Sainte (1345-1347), endeuillé par la mort de son épouse Marie des Baux en 1347 et sans héritier depuis le décès de son fils unique en 1335, il doit se résoudre à vendre ses États.
Plusieurs prétendants se présentent : le pape, le roi de Sicile, le comte de Savoie. Mais c’est Philippe VI de Valois qui l’emporte. Les négociations, entamées dès 1343, aboutissent le 30 mars 1349 au traité de Romans. Moyennant 200 000 florins d’or et une rente annuelle de 4 000 florins, Humbert II cède le Dauphiné de Viennois au royaume de France.
L’acte juridique est d’une habileté remarquable. Le Dauphiné, qui appartient théoriquement au Saint-Empire romain germanique, n’est pas annexé directement par le roi mais confié en apanage à son petit-fils Charles, âgé de onze ans. De cette manière, on ménage les susceptibilités impériales tout en évitant la constitution d’un grand fief autonome qui pourrait menacer l’unité du royaume. Le traité stipule en outre que le titre de « Dauphin » sera désormais réservé à l’héritier présomptif du trône de France, créant ainsi une nouvelle dignité dynastique.
La cérémonie officielle de remise se déroule le 16 juillet 1349 à Lyon. Humbert II, vêtu de ses habits princiers, remet solennellement à Charles de Normandie le sceptre, la bannière, l’anneau et l’ancienne épée delphinale. Charles devient ainsi le premier « Dauphin de France », inaugurant une tradition qui perdurera jusqu’à la fin de la monarchie en 1830.
Charles, Premier Dauphin de France
Le jeune Charles séjourne à Grenoble de décembre 1349 à mars 1350, prenant possession de son nouveau territoire. Le 10 décembre 1349, place Notre-Dame à Grenoble, il reçoit sur une estrade dressée pour l’occasion le serment de fidélité des habitants. En échange, il promet solennellement de respecter la charte communale et les libertés dalphinales consignées dans le « Statut delphinal » promulgué par Humbert II le 14 mars 1349.
Ce statut est fondamental : il garantit au Dauphiné une large autonomie fiscale et administrative. Les Dauphinois sont exemptés de nombreux impôts royaux, conservent leurs institutions propres (le Conseil delphinal, la Chambre des comptes créée en 1340) et leurs privilèges. Cette constitution particulière, âprement défendue par les États du Dauphiné dans les siècles suivants, explique en partie l’attachement des Dauphinois à la couronne de France.

Mais pour valider définitivement cette acquisition stratégique et renforcer les alliances internes du royaume, un mariage de haut rang s’impose. Charles, héritier du trône et nouveau dauphin, doit s’unir à une princesse de sang royal. Le choix se porte sur Jeanne de Bourbon, sa cousine issue de germain.
💍 Le Mariage : 8 Avril 1350 à Tain-l’Hermitage
Pourquoi Tain-l’Hermitage ?
Le choix de Tain-l’Hermitage comme lieu de célébration n’est pas fortuit. Située sur la rive gauche (drômoise) du Rhône, la ville occupe une position stratégique remarquable. Elle se trouve à mi-chemin entre Lyon, grande métropole commerciale et religieuse, et Avignon où réside le pape depuis 1309. Tain constitue un point de passage quasi obligé sur la route du Midi.
En 1350, Tain appartient au Dauphiné fraîchement rattaché à la France, tandis que Tournon, sa voisine sur la rive droite, relève du Vivarais et donc du Saint-Empire. Le Rhône marque ici une frontière politique majeure. Célébrer le mariage à Tain, en terre delphinale, revêt donc une dimension hautement symbolique : c’est affirmer l’intégration effective de cette province à la couronne.
La ville connaît à cette époque une activité économique soutenue. Le commerce fluvial du sel, denrée précieuse et taxée (la gabelle), enrichit marchands et bateliers. Le vin produit sur le coteau de l’Hermitage commence déjà à se faire une réputation. Les pèlerins et voyageurs traversent le Rhône en bac, car aucun pont permanent ne relie encore les deux rives (il faudra attendre 1825 et le pont suspendu de Marc Seguin).
Enfin, Tain possède une église digne d’accueillir un mariage royal. L’édifice Notre-Dame de l’Assomption, relevant d’un prieuré clunisien attesté dès 950, vient d’être reconstruit en 1338, offrant un cadre neuf et spacieux pour la cérémonie.
Les Jeunes Époux : Charles et Jeanne
Charles de Valois naît le 21 janvier 1338 au château de Vincennes. Fils aîné de Jean II le Bon, duc de Normandie (futur roi de France en 1350), et de Bonne de Luxembourg, il est le petit-fils de Philippe VI de Valois. Physiquement chétif et peu porté sur les armes, il compense ses faiblesses par une intelligence vive et un goût prononcé pour l’étude. Dès l’enfance, il manifeste une passion pour les livres rares et les manuscrits enluminés qui fera de lui, plus tard, le fondateur de la première bibliothèque royale de France.
Jeanne de Bourbon naît le 3 février 1338 au même château de Vincennes, treize jours seulement après Charles. Elle est la fille de Pierre Ier, duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur de Philippe VI. Par sa mère, Jeanne appartient donc à la branche des Valois, renforçant la légitimité de cette dynastie récente (1328) face aux prétentions anglaises.

Les deux enfants sont baptisés ensemble le même jour à l’église de Montreuil, comme pour sceller dès le berceau leur destinée commune. Élevés à la cour, ils se connaissent depuis toujours. Leur mariage, négocié dès 1348, est inscrit dans une logique dynastique claire : unir plus étroitement la branche ducale de Bourbon à la branche royale de Valois.
La Dispense Papale
Un obstacle juridique se dresse cependant : Charles et Jeanne sont cousins issus de germain (first cousins once removed). Le droit canonique interdit les mariages consanguins jusqu’au quatrième degré. Une dispense pontificale est donc indispensable.
Le pape Clément VI, ancien archevêque de Rouen et conseiller de Philippe VI avant son élévation à la tiare en 1342, accorde volontiers cette dispense. Proche des Valois, il voit dans cette union un moyen de renforcer la stabilité du royaume de France face aux appétits anglais. La dispense est publiée solennellement à Romans-sur-Isère le 21 août 1349 par Henri de Villars, archevêque de Lyon, qui officiera également lors de la cérémonie nuptiale.
La Cérémonie du 8 Avril 1350
Le 8 avril 1350 tombe un mercredi. Malgré le contexte de deuil lié à la Peste noire qui vient tout juste de refluer, la cérémonie se veut digne de l’importance de l’événement. L’église Notre-Dame, reconstruite douze ans plus tôt, offre un cadre sobre mais élégant. On peut imaginer le déploiement de tentures aux armes de France (fleurs de lys d’or sur fond d’azur) et de Bourbon, la présence de la noblesse dauphinoise et des représentants du roi.
Henri de Villars, archevêque de Lyon et métropolitain du Dauphiné, préside la messe nuptiale. Ce prélat, issu d’une grande famille dauphinoise, symbolise le lien entre l’Église, le Dauphiné et la monarchie. Sa présence confère à l’union toute sa solennité canonique.
Charles et Jeanne, âgés de douze ans, échangent leurs consentements selon le rituel médiéval. Bien que techniquement nubiles selon le droit de l’époque (douze ans pour les filles, quatorze pour les garçons), ils sont encore des enfants. Le mariage ne sera consommé que plusieurs années plus tard, probablement après le sacre de Charles comme roi en 1364.
Cette union « blanche » dans ses premières années n’enlève rien à sa portée politique. Elle scelle l’alliance des Valois et des Bourbon, renforce la légitimité dynastique face aux Anglais, et symbolise l’intégration du Dauphiné au royaume. Les chroniqueurs de l’époque, tel Jean Froissart, verront dans ce mariage un « rayon de soleil » dans les ténèbres du temps.
Le Destin du Couple Royal
Contrairement à beaucoup de mariages princiers de l’époque, l’union de Charles et Jeanne évoluera vers un véritable attachement mutuel. Délaissée dans un premier temps (Charles affiche alors sa liaison avec Biette de Cassinel, une belle Italienne), Jeanne reconquiert le cœur de son époux après son sacre en 1364.
Le couple devient alors très uni. Christine de Pizan, dans son Livre des Faits et Bonnes Mœurs du roi Charles V le Sage, souligne l’influence intellectuelle de Jeanne sur son mari. La reine possède sa propre bibliothèque, s’intéresse aux lettres et à la théologie, conseille le roi sur les questions politiques. Charles sollicite fréquemment son avis, fait d’elle une véritable associée au gouvernement du royaume.
De leur union naîtront neuf enfants, dont deux seulement atteindront l’âge adulte : Charles VI (1368-1422), qui régnera sous le nom de Charles VI le Fol, et Louis (1372-1407), duc d’Orléans, assassiné en 1407 dans le cadre de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Jeanne meurt le 6 février 1378 à Paris, des suites de l’accouchement de sa dernière fille, Catherine. Elle a quarante ans. Charles, profondément affecté, lui survivra deux ans et demi, s’éteignant le 16 septembre 1380 au château de Beauté (actuelle Nogent-sur-Marne). Leurs dépouilles reposent en la basilique Saint-Denis, nécropole royale.
📜 Points Clés à Retenir
L’Intégration Territoriale du Dauphiné
Le mariage de Tain-l’Hermitage n’est pas un simple événement mondain. Il constitue l’acte symbolique qui valide le « Transport » du Dauphiné intervenu un an plus tôt. En épousant Jeanne sur ses terres delphinales, Charles signifie que cette province n’est pas une conquête étrangère mais fait désormais partie intégrante de l’héritage dynastique des Valois.
Cette intégration est d’une importance stratégique capitale. Le Dauphiné apporte au royaume de France une profondeur territoriale vers l’Est et les Alpes, ouvrant la route vers l’Italie. Il offre aussi des ressources économiques non négligeables : agriculture, élevage, activités minières dans le Briançonnais, péages sur les routes alpines.
Surtout, le Dauphiné permet d’encercler partiellement les terres bourguignonnes et savoyardes, limitant l’influence de ces puissances potentiellement rivales. L’acquisition de 1349 s’inscrit dans la longue politique d’expansion territoriale de la monarchie capétienne, qui façonne progressivement l’hexagone que nous connaissons aujourd’hui.

Le Premier Mariage d’un Dauphin de France
Charles est le premier prince à porter officiellement le titre de « Dauphin de France » lors de son mariage. Ce titre, qui deviendra l’apanage de tous les héritiers du trône jusqu’à Charles X en 1830, confère une dignité particulière.
Le dauphin n’est pas seulement le fils aîné du roi : il est prince souverain d’une province, dispose de revenus propres, d’une cour personnelle, d’une administration autonome. Cette position renforce son autorité et le prépare à l’exercice futur du pouvoir royal.
Le fait que le premier mariage d’un dauphin se déroule à Tain-l’Hermitage, en terre dauphinoise et non à Paris ou à Reims, souligne l’importance accordée à l’enracinement territorial de cette nouvelle dignité. Charles n’est pas seulement l’héritier du royaume de France : il est aussi, pleinement, le prince du Dauphiné.
La Légitimité Dynastique Renforcée
Jeanne de Bourbon n’est pas qu’une épouse : elle est une Valois par sa mère. Son union avec Charles resserre les liens entre les différentes branches de cette famille récemment montée sur le trône (1328) et dont la légitimité reste contestée par les Plantagenêts.
Le blason de Jeanne, écartelé de France (fleurs de lys d’or) et de Dauphiné (dauphin d’or), avec une bande de gueules marquant sa branche cadette de Bourbon, symbolise visuellement cette convergence dynastique. Leurs descendants cumuleront le sang des Valois, des Bourbon et des Luxembourg (par Bonne de Luxembourg, mère de Charles), formant une synthèse de la haute noblesse française.
Cette concentration de légitimité dynastique sera cruciale dans les décennies suivantes, marquées par la captivité de Jean II le Bon en Angleterre (1356-1360), les révoltes urbaines et paysannes (Étienne Marcel, Jacquerie de 1358), et la menace permanente du roi de Navarre Charles le Mauvais, petit-fils de Louis X par sa mère et prétendant potentiel au trône.
La Mémoire Royale et la Faveur Locale
L’importance symbolique de ce mariage ne s’éteint pas avec les époux. Les rois successifs, conscients que leurs ancêtres se sont unis à Tain-l’Hermitage, manifesteront leur bienveillance envers la ville et son église.
En 1821, le marquis de Cordoue, député de la Drôme habitant Charmes-sur-Herbasse, sollicite le roi Louis XVIII. En souvenir du mariage de 1350, le roi fait don de quatre tableaux provenant des collections nationales pour orner l’église de Tain. Deux d’entre eux y sont toujours visibles : Un religieux en prière et Saint Matthieu. Ce geste royal témoigne de la permanence de la mémoire historique.
L’église elle-même, détruite entre 1834 et 1835 après avoir subi les outrages des Guerres de Religion et de la Révolution, est reconstruite et solennellement consacrée en mai 1842. Le choix de cette date, près de cinq siècles après le mariage royal, n’est probablement pas fortuit : il inscrit le nouvel édifice dans la continuité historique de son prédécesseur.
❓ FAQ : Questions Fréquentes
Le mariage s’est-il vraiment déroulé à Tain ou à Tournon ?
Le mariage a indiscutablement eu lieu à Tain-l’Hermitage, sur la rive gauche (drômoise) du Rhône, et non à Tournon. Cette distinction géographique est fondamentale. En 1350, Tournon appartient au comté du Vivarais, qui relève du Saint-Empire romain germanique, tandis que Tain fait partie du Dauphiné, fraîchement rattaché au royaume de France.
Célébrer le mariage sur la rive française n’est donc pas un hasard : c’est affirmer symboliquement que le Dauphiné appartient désormais pleinement à la couronne. La confusion provient parfois du fait que les deux villes se font face et forment un ensemble urbain cohérent, mais la frontière politique qui les sépare en 1350 est majeure.
L’église actuelle est-elle celle du mariage royal ?
Non. L’église Notre-Dame de l’Assomption qui accueillit le mariage en 1350 était l’édifice reconstruit en 1338. Cet édifice médiéval, endommagé lors des Guerres de Religion (XVIe siècle), pillé à la Révolution, et régulièrement inondé par les crues du Rhône (notamment en 1711), fut finalement détruit entre 1834 et 1835.

L’église actuelle, de style néoclassique, a été construite entre 1811 et 1838 sur l’emplacement de l’ancienne et consacrée en mai 1842. La flèche du clocher, haute de 19 mètres, date de 1897. Si les pierres ne sont plus celles de 1350, le lieu conserve néanmoins la mémoire de l’événement, et l’église actuelle perpétue quinze siècles de présence chrétienne continue sur ce site (un prieuré clunisien y est attesté dès 950).
Qui était Jacques Brun, le mécène du monument commémoratif ?
Jacques Brun était un Tainois passionné d’histoire locale. Ancien employé de la Caisse d’Épargne, il consacra sa retraite à la mise en valeur du patrimoine de sa ville d’adoption. Conscient de l’importance du mariage royal de 1350 pour l’identité de Tain-l’Hermitage, il décida de financer personnellement un monument commémoratif.
Il fit appel au sculpteur Jean-Paul Ravit pour créer deux bustes en bronze représentant les jeunes époux. Ces œuvres, d’une grande finesse artistique, furent inaugurées le 21 septembre 2014 sur le parvis de l’église Notre-Dame. Elles permettent aux habitants et aux visiteurs de visualiser les traits de ces enfants de douze ans dont l’union changea le destin du Dauphiné.
Le geste de Jacques Brun s’inscrit dans une tradition de mécénat local qui, depuis Louis Charles Marie Hector de Mure de Larnage au XIXe siècle (fondateur de La Teppe, établissement de soins aux épileptiques), témoigne de l’attachement des Tainois à leur histoire.
Quel fut le rôle de Jeanne de Bourbon dans l’histoire de France ?
Jeanne de Bourbon est souvent éclipsée par la figure de son époux Charles V le Sage. Pourtant, elle joua un rôle politique et culturel significatif. Reine de France de 1364 à 1378, elle conseilla activement son mari sur les affaires du royaume. Charles V sollicitait fréquemment son avis, aussi bien en politique qu’en matière artistique et littéraire.
Jeanne possédait sa propre bibliothèque, fait rare pour une femme de son temps, témoignant d’une culture solide. Elle exerça un mécénat religieux important, soutenant de nombreux couvents et établissements de charité. Sa piété et sa générosité lui valurent l’estime de ses contemporains.
Biologiquement, Jeanne assura la continuité dynastique en donnant neuf enfants au roi, dont Charles VI qui lui succéda en 1380. Sa mort prématurée en 1378, à quarante ans, affecta profondément Charles V qui ne lui survécut que deux ans et demi. Leur couple, rare exemple d’affection véritable dans les mariages princiers de l’époque, inspira les chroniqueurs contemporains comme Christine de Pizan.
Pourquoi Charles V est-il surnommé « le Sage » ?
Le surnom de « Sage » ne se réfère pas seulement à l’érudition de Charles V (bien qu’il fût effectivement très cultivé), mais surtout à sa sagesse politique et à sa prudence stratégique. Après les désastres militaires de Crécy (1346) et Poitiers (1356), où son père Jean II fut capturé, Charles comprit que la France ne pouvait vaincre l’Angleterre par des batailles rangées.
Il développa une stratégie défensive et d’usure, évitant les grands affrontements, fortifiant les places fortes, harcelant les armées anglaises par des raids commandés par Bertrand Du Guesclin. Cette tactique, moins glorieuse que les charges de chevalerie, se révéla redoutablement efficace : à sa mort en 1380, Charles V avait récupéré la quasi-totalité des territoires perdus par son père et son grand-père.
Sur le plan administratif, Charles réorganisa les finances royales, stabilisa la monnaie (création du franc en 1360), développa une marine de guerre, fortifia Paris (enceinte de Charles V). Intellectuellement, il fonda la première bibliothèque royale, ancêtre de la Bibliothèque nationale de France, rassemblant plus d’un millier de manuscrits précieux.
C’est cette combinaison de réflexion stratégique, de réformes administratives durables et de mécénat culturel qui lui valut le surnom de « Sage », l’un des plus nobles dans la hiérarchie des surnoms royaux.
📖 Glossaire
Transport du Dauphiné : Acte juridique de 1349 par lequel Humbert II de Viennois cède sa principauté au royaume de France moyennant 200 000 florins d’or. Le traité, signé à Romans le 30 mars puis confirmé à Lyon le 16 juillet, stipule que le Dauphiné sera désormais l’apanage du fils aîné du roi de France.
Dauphin de Viennois / Dauphin de France : Titre porté initialement par les souverains du Dauphiné (les comtes d’Albon puis les La Tour du Pin). Après 1349, il devient la dignité de l’héritier présomptif du trône de France. Le dauphin dispose de revenus propres, d’une cour personnelle et d’une administration autonome.
Statut delphinal : Constitution particulière du Dauphiné promulguée par Humbert II le 14 mars 1349, garantissant à la province de larges libertés et exemptions fiscales. Ce statut, protégé par le traité de Romans, assure une relative autonomie du Dauphiné au sein du royaume de France jusqu’à la Révolution.
Dispense papale : Autorisation exceptionnelle accordée par le pape pour contourner un empêchement canonique au mariage, notamment en cas de consanguinité. Pour Charles et Jeanne, cousins issus de germain, la dispense de Clément VI était indispensable selon le droit de l’Église.
Florin d’or : Monnaie d’or émise à Florence à partir de 1252, devenue référence internationale au XIVe siècle. Pesant environ 3,5 grammes d’or fin, elle servait aux grandes transactions commerciales et diplomatiques.
Peste noire : Pandémie de peste bubonique qui ravagea l’Europe entre 1347 et 1353, tuant entre un tiers et la moitié de la population. Arrivée d’Asie par les routes commerciales, elle désorganisa profondément la société médiévale et contribua à la crise du XIVe siècle.
Coteau de l’Hermitage : Colline dominant Tain-l’Hermitage, célèbre pour ses vignobles produisant l’un des plus grands vins rouges de la vallée du Rhône. La légende attribue le nom à un ermite, le chevalier Gaspard de Stérimberg, qui s’y serait retiré au XIIIe siècle après les croisades.
Prieuré clunisien : Établissement religieux dépendant de l’abbaye de Cluny (Bourgogne), l’un des ordres monastiques les plus influents du Moyen Âge. Le prieuré de Tain, attesté dès 950, relevait de la famille de Tournon et gérait l’église Notre-Dame.
👑 Mini-Biographies
Charles V le Sage (1338-1380)
Né le 21 janvier 1338 au château de Vincennes, Charles est le fils aîné de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. Physiquement fragile, souffrant de diverses maladies chroniques, il compense par une intelligence remarquable et une volonté de fer. Dès l’adolescence, il est confronté à l’exercice du pouvoir lors de son séjour en Dauphiné (1349-1350) puis comme régent du royaume pendant la captivité anglaise de son père (1356-1360).
Devenu roi en 1364, il évite soigneusement les batailles rangées qui ont coûté si cher à la France, préférant une stratégie défensive et d’usure. Il s’appuie sur des capitaines habiles comme Bertrand Du Guesclin, qu’il nomme connétable en 1370. Sur le plan intérieur, il restaure les finances royales, stabilise la monnaie, fortifie Paris et de nombreuses places fortes.
Grand lettré, Charles V parle latin, possède des notions de grec, fait traduire de nombreux ouvrages d’Aristote, de saint Augustin, de Végèce. Il rassemble dans la tour de la Librairie du Louvre plus d’un millier de manuscrits, jetant les bases de l’actuelle Bibliothèque nationale de France. Il commande également de nombreux bâtiments : château de Vincennes, hôtel Saint-Pol, fortifications parisiennes.
À sa mort le 16 septembre 1380, il laisse un royaume reconstruit, des finances assainies et un prestige royal restauré. Malheureusement, son fils Charles VI, atteint de folie à partir de 1392, dilapidera cet héritage dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Jeanne de Bourbon (1338-1378)
Née le 3 février 1338 au château de Vincennes, Jeanne est la fille de Pierre Ier, duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois. Par sa mère, elle est la nièce du roi Philippe VI et donc apparentée à la famille royale. Élevée à la cour, elle reçoit une éducation soignée, inhabituelle pour une femme de son temps.
Son mariage avec Charles en 1350 est d’abord une union politique et dynastique. Dans les premières années, Charles la délaisse au profit de sa maîtresse Biette de Cassinel. Mais après le sacre de 1364, le couple se rapproche et développe une complicité intellectuelle et affective rare.
Jeanne devient une conseillère écoutée. Charles sollicite fréquemment son avis sur les affaires politiques. Elle possède sa propre bibliothèque, manifestant un goût prononcé pour les textes religieux et la littérature édifiante. Son mécénat religieux est important : elle soutient de nombreux couvents, commande des œuvres d’art sacré, participe activement aux fondations pieuses.
Biologiquement, elle assure la continuité dynastique en donnant neuf enfants à Charles, dont deux seulement atteindront l’âge adulte. Sa santé, fragilisée par ces grossesses répétées, se dégrade. Le 4 février 1378, elle accouche de sa dernière fille, Catherine. Deux jours plus tard, le 6 février, elle meurt des suites de couches à l’hôtel Saint-Pol à Paris. Elle a tout juste quarante ans.
Christine de Pizan, dans son Livre des Faits et Bonnes Mœurs du roi Charles V le Sage, dresse un portrait élogieux de la reine : « Le noble maintien de cette dame digne, si majestueuse dans ses paroles, ses gestes et ses regards, sa parfaite aisance avec toute personne, l’éclat de sa beauté à nulle autre pareille parmi les princesses, étaient pour les yeux une source d’immense plaisir et d’émerveillement. »
Humbert II de Viennois (1312-1355)
Dernier dauphin indépendant, Humbert II incarne le destin tragique d’un prince idéaliste confronté aux réalités implacables de la politique médiévale. Né en 1312, il succède en 1333 à son frère Guigues VIII, mort sans héritier. De tempérament artistique et religieux, Humbert se passionne pour les institutions : il crée le Conseil delphinal (1336), l’université de Grenoble (1339), la Chambre des comptes (1340).
Mais ses ambitions dépassent ses moyens. En 1343, il décide d’organiser une croisade en Terre Sainte pour reconquérir Smyrne (actuelle Izmir). L’expédition, lancée en 1345, est un désastre financier et militaire. En 1346, il remporte une petite victoire contre les Turcs, mais les négociations s’enlisent. En mars 1347, son épouse Marie des Baux meurt, le laissant effondré de chagrin. Il rentre en Dauphiné en septembre 1347, ruiné et sans héritier (son fils unique étant mort en 1335).
Acculé par les dettes et menacé d’excommunication par le pape pour non-paiement, Humbert doit se résoudre à vendre son domaine. Après avoir tenté de négocier avec le pape et le roi de Sicile, il finit par accepter l’offre de Philippe VI de Valois. Le traité de Romans (30 mars 1349) lui rapporte 200 000 florins et une rente annuelle, sommes qui serviront essentiellement à rembourser ses créanciers.
Après la cession, Humbert se retire dans les ordres. Il devient frère dominicain sous le nom de frère Humbert, puis est nommé patriarche d’Alexandrie (titre honorifique) en 1352. Il meurt le 22 mai 1355 au couvent des Dominicains de Paris, où il s’apprêtait à être nommé évêque de Paris. Sévèrement jugé par ses contemporains comme « prince médiocre » et dépensier, il a néanmoins légué au Dauphiné des institutions durables et négocié habilement des garanties d’autonomie qui protégeront la province pendant quatre siècles.
🏛️ L’Héritage Aujourd’hui
L’Église Notre-Dame de l’Assomption
L’édifice actuel, construit entre 1811 et 1838, perpétue quinze siècles de présence chrétienne sur ce site. De style néoclassique sobre, il offre une silhouette élégante avec sa flèche reconstruite en 1897. L’église abrite un carillon remarquable de treize cloches, dont un bourdon millénaire (fondu vers l’an 1000, refondu en 1644) qui compte parmi les plus anciennes cloches du monde encore en activité.
Les orgues, installés en 1885 et provenant de l’église Saint-François-Xavier de Paris, ont été restaurés en 1987 et 2011. Ils résonnent aujourd’hui lors d’offices et de concerts estivaux. L’église conserve également deux des quatre tableaux offerts par Louis XVIII en 1821 en souvenir du mariage royal : Un religieux en prière et Saint Matthieu.
L’intérieur témoigne de la piété post-révolutionnaire, avec ses chapelles dédiées à différentes familles nobles locales (Mure de Larnage, Soubise, Bergier) et ses bénitiers en coquillage naturel offerts par les frères Monneron. L’ensemble constitue un témoignage émouvant de la continuité spirituelle d’un lieu qui vit passer, en 674 ans, l’ancien régime, la révolution et la république.
Le Monument Commémoratif de Jacques Brun
Sur le parvis de l’église, deux bustes de bronze attirent le regard. Créés par le sculpteur Jean-Paul Ravit et financés par le mécénat de Jacques Brun, ils représentent Charles et Jeanne tels qu’ils étaient en avril 1350 : deux enfants de douze ans au regard grave, figés dans la dignité de leur charge.
Ces œuvres, inaugurées le 21 septembre 2014, ne sont pas de simples évocations artistiques. Elles incarnent la fierté d’une ville pour son passé, la conscience que les événements locaux s’inscrivent dans la grande Histoire. En contemplant ces visages juvéniles, le visiteur mesure le poids qui pesait sur ces frêles épaules : unir une province au royaume, perpétuer une dynastie, offrir l’espoir d’un renouveau dans les ténèbres du XIVe siècle.
Le monument rappelle également que l’Histoire n’est pas qu’affaire d’archives et d’érudits. Elle vit dans la mémoire collective, se transmet par les pierres et les bronzes, irrigue l’identité d’une communauté. Jacques Brun, en finançant cette œuvre, a offert aux Tainois bien plus qu’une sculpture : il leur a rendu leur place dans le récit national.
Tain-l’Hermitage Aujourd’hui
La ville de 6 000 habitants est aujourd’hui mondialement connue pour ses vignobles (Hermitage, Crozes-Hermitage) et pour la Cité du Chocolat Valrhona, qui attire chaque année des milliers de visiteurs. Mais sous les attraits touristiques bat le cœur d’une cité historique, carrefour millénaire entre Nord et Sud, entre Rhône et Alpes.
En flânant dans le centre ancien, on découvre d’autres témoignages du passé : la tour des Adrets de la Porte de la Bâtie, vestige des remparts médiévaux ; la chapelle Saint-Vincent aux tuiles vernissées (1840), construite pour accueillir les épileptiques soignés à La Teppe ; l’hôtel particulier de Mure de Larnage (1807), aujourd’hui hôtel de ville, qui rappelle l’engagement des notables locaux au XIXe siècle.
Le pont Marc-Seguin, reconstruit en 1965 pour remplacer le célèbre pont suspendu de 1825 (premier au monde à câbles de fil de fer), relie toujours Tain à Tournon. La frontière politique qui séparait jadis les deux villes a disparu, mais la mémoire demeure : Tain, terre dauphinoise et française, Tournon, terre vivaroise et impériale.
Chaque 8 avril, les Tainois pourraient commémorer l’événement qui fit entrer leur ville dans l’Histoire. Ils préfèrent souvent la discrétion à l’ostentation. Mais l’événement est là, gravé dans la pierre de l’église, coulé dans le bronze du monument, inscrit dans les documents d’archives. Le 8 avril 1350, sur les rives du Rhône, deux enfants ont changé le destin d’une province et, par ricochet, celui d’une nation.
📚 Bibliographie & Sources
Ouvrages de référence
- AUTRAND Françoise, Charles V le Sage, Paris, Fayard, 1994, 812 p. (ouvrage de référence sur le règne et la personnalité de Charles V).
- DELACHENAL Roland, Histoire de Charles V, Paris, Picard, 5 volumes, 1909-1931 (monumentale biographie, encore incontournable malgré son ancienneté).
- FRÉCHET Georges, Le Mariage du siècle : Charles V de Valois et Jeanne de Bourbon, Bernay, Yvelinédition, 2017, 160 p. (étude détaillée de l’événement par un chartiste, conservateur en chef honoraire des bibliothèques et membre de l’Académie drômoise).
- LEMONDE Anne, Le temps des libertés en Dauphiné. L’intégration d’une principauté à la Couronne de France (1349-1408), Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2002, 575 p. (analyse juridique et politique du rattachement du Dauphiné).
Études sur le Dauphiné et le Transport
- BURGHART Corinne & LEMONDE Anne (dir.), Annexer ? Les déplacements de frontières à la fin du Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018 (notamment l’article « Autour du transport du Dauphiné à la Couronne de France (1349) »).
- HICKEY Daniel, Le Dauphiné devant la monarchie absolue. Le procès des tailles et la perte des libertés provinciales (vers 1540-vers 1640), Grenoble, PUG, 1993.
- Académie delphinale, « L’histoire du Dauphiné », ressources en ligne : https://www.academiedelphinale.com/histoire-dauphine
Sources sur Jeanne de Bourbon
- SIEFAR (Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime), notice biographique sur Jeanne de Bourbon (1338-1378).
- CHRISTINE DE PIZAN, Le Livre des Faits et Bonnes Mœurs du roi Charles V le Sage, édition moderne par É. Hicks & T. Moreau, Paris, Stock, 1997.
Archives et sources locales
- Archives départementales de la Drôme, Bulletins de la Société d’Archéologie et de Statistique de la Drôme.
- Site officiel de la ville de Tain-l’Hermitage, rubrique Patrimoine : https://www.ville-tain.fr/
- Paroisse Saint-Vincent de l’Hermitage, historique de l’église Notre-Dame : https://svhermitage.catholique.fr/
- Geneawiki, fiche communale « 26347 – Tain-l’Hermitage » (généalogie et patrimoine).
Articles et émissions
- France Bleu Drôme Ardèche, « Le mariage de Charles V de Valois à Tain l’Hermitage », émission La balade de Daphné, 8 avril 2025.
- Romans Historique, « 6 avril 1350 – Le futur roi de France Charles V traverse la ville », Jean-Yves Baxter : https://www.romanshistorique.fr/
- AOUSTE À CŒUR, « Le transport du Dauphiné en 1349 », article historique, 6 novembre 2023.
🔗 Liens Utiles
Patrimoine et tourisme
- Office de Tourisme Ardèche Hermitage : https://www.ardeche-hermitage.com
- Office de Tourisme de la Drôme : https://www.drome-cestmanature.com
- Ville de Tain-l’Hermitage : https://www.ville-tain.fr
- Paroisse Saint-Vincent de l’Hermitage : https://svhermitage.catholique.fr
Histoire et recherche
- Académie delphinale (Grenoble) : https://www.academiedelphinale.com
- Académie drômoise (Valence) : http://academiedromoise.over-blog.com
- Archives départementales de la Drôme : https://archives.ladrome.fr
- Archives départementales de l’Isère : https://archives-isere.fr
- Gallica (BnF), manuscrits et chroniques médiévales : https://gallica.bnf.fr
Ressources universitaires
- Presses universitaires de Grenoble (PUG), collections sur le Dauphiné
- Romans Historique, histoire locale de la Drôme : https://www.romanshistorique.fr
✍️ Note de l’Auteur (Appartenances.fr)
En explorant l’histoire du mariage royal de Tain-l’Hermitage, j’ai été frappé par la manière dont un événement local s’inscrit dans les grandes lignes de force de l’Histoire nationale. Ce 8 avril 1350, sur les rives du Rhône, la France en construction incorporait un nouveau territoire, scellait une alliance dynastique, offrait un horizon d’espoir dans le chaos du XIVe siècle.
Mais au-delà de la grande Histoire, c’est aussi une histoire humaine qui se dessine : celle de deux enfants de douze ans, élevés ensemble à la cour, unis par un mariage politique qui évoluera vers un attachement sincère. Charles et Jeanne incarnent la rencontre entre le devoir dynastique et l’affection personnelle, entre la raison d’État et les sentiments du cœur.
Aujourd’hui, en contemplant les bustes de bronze sur le parvis de l’église, en visitant les coteaux de l’Hermitage qui dominent la ville, en flânant le long des quais du Rhône, nous foulons un sol chargé d’Histoire. Tain-l’Hermitage n’est pas seulement la cité du vin et du chocolat : c’est aussi le lieu où, pendant quelques heures d’avril 1350, s’est joué une partie du destin français.
Cette histoire méritait d’être racontée, partagée, transmise. Elle fait partie de notre patrimoine commun, de cette mémoire collective qui unit les habitants de la Drôme du Nord et du Dauphiné dans la conscience d’un passé prestigieux et d’une identité territoriale forte.
Jean-Baptiste MESONA, pour Appartenances.fr Chroniques du patrimoine de la Drôme du Nord et du Dauphiné
En savoir plus sur APPARTENANCES
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.



