Entre les eaux tumultueuses du Rhône et les collines douces de la Galaure, un lieu chargé d’Histoire a vu naître trois générations de Drômois et d’Ardéchois. La rue Picpus à Saint-Vallier garde en ses pierres la mémoire d’un extraordinaire voyage : du couvent du XVIIe siècle à la maternité du XXe, en passant par les soieries du XIXe. Je fais partie de ces enfants nés rue Picpus — le 10 octobre 1974 à 18h25, comme la très grande majorité des bébés du canton à cette époque. Ce lieu me tient profondément à cœur, non pas comme objet d’étude distant, mais comme point de départ d’une vie ancrée dans ce territoire. Découvrons ensemble comment un domaine seigneurial lié au Roi-Soleil est devenu le témoin de milliers de naissances — et pourquoi sa fermeture en 1999, puis sa destruction en 2023, soulèvent des questions légitimes sur les choix que nous faisons collectivement pour nos territoires.
En Résumé
La rue Picpus à Saint-Vallier (Drôme) porte en elle quatre siècles d’histoire remarquable. En 1643, le comte Jean de La Croix de Chevrières fonde sur ses terres le couvent de la Nativité, confié aux religieuses du Tiers-Ordre franciscain, rapidement surnommé « couvent de Picpus » en référence à la maison mère lyonnaise. Son fils, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1653-1727), deuxième évêque de Québec et fondateur de l’Hôpital général de Québec, perpétue cette vocation charitable. Vendu comme Bien National en 1791 après la Révolution, le couvent accueille successivement une filature de soie (vers 1834 par la société Chartron), puis un pensionnat des religieuses de la Nativité jusqu’en 1906. En 1924, la commune rachète le site pour y installer l’hôpital municipal, marquant le retour d’une mission de soin. À partir des années 1950, la maternité de Saint-Vallier devient le cœur battant du site, voyant naître des milliers d’enfants jusqu’à sa fermeture en 1999, imposée par les normes nationales (seuil minimal de 300 accouchements annuels). En 2023, dans le cadre d’un vaste plan dit de modernisation de 15 millions d’euros, les derniers bâtiments anciens (et donc patrimoniaux) sont démolis, laissant place à un nouveau plateau technique moderne livré en 2025.
🏛️ 1643-1791 : Quand la Noblesse Dauphinoise Fondait un Couvent
Un Ancrage Aristocratique sous le Règne de Louis XIV
L’histoire de la rue Picpus commence en 1643, année où Jean de La Croix de Chevrières, comte de Saint-Vallier, conseiller au Parlement de Grenoble, prend une décision qui marquera durablement la topographie et la mémoire de Saint-Vallier : il fonde le couvent de la Nativité sur une partie de ses terres situées près de l’entrée de la vallée de la Galaure, menant vers Saint-Uze.

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La famille de La Croix de Chevrières figure alors parmi les plus illustres du Dauphiné. Anoblie au XVIe siècle, elle a brillamment gravi les échelons du pouvoir : magistrature au Parlement de Grenoble, ambassades, charges auprès du roi. Le château de Saint-Vallier, qu’ils possèdent depuis 1584, leur confère un prestige territorial considérable. Jean de La Croix (1572-1619), arrière-grand-père du fondateur du couvent, fut président au Parlement de Grenoble, poète, puis évêque de Grenoble de 1607 à 1619 après son veuvage.
Dans ce contexte aristocratique, la fondation d’un couvent répond à plusieurs motivations entrelacées : piété personnelle, affirmation du statut social, œuvre charitable et souci de doter la ville d’une institution religieuse d’enseignement et de soin. Le choix des religieuses du Tiers-Ordre franciscain, communément appelées « Picpus » en référence à leur maison mère du quartier Picpus à Lyon, s’inscrit dans le renouveau catholique post-tridentin du XVIIe siècle.
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Jean-Baptiste de La Croix : De Saint-Vallier à Québec, un Destin Exceptionnel
Le fils du fondateur, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier, né à Grenoble le 14 novembre 1653, incarne l’apogée de cette lignée dauphinoise. Éduqué au collège des Jésuites de Grenoble puis au séminaire Saint-Sulpice de Paris, il obtient sa licence en théologie en 1672 à seulement 19 ans.

Ordonné prêtre en 1681, il est nommé aumônier ordinaire de Louis XIV en 1676, à 23 ans seulement, fonction prestigieuse qui le place au cœur de la cour de Versailles. Refusant les évêchés de Tours et de Marseille, il accepte en 1685 la charge de succéder à Mgr François de Laval comme évêque de Québec.
Sacré évêque le 25 janvier 1688 à l’église Saint-Sulpice de Paris, il arrive à Québec le 31 juillet 1688, devenant ainsi le deuxième évêque de Québec. Son épiscopat, qui durera près de quarante ans jusqu’à sa mort le 26 décembre 1727, est marqué par un zèle pastoral intense mais aussi par de nombreux conflits. Homme austère et exigeant, il lutte contre l’ivrognerie, l’immoralité, le blasphème, interdit les bals et les fêtes, ce qui lui vaut l’inimitié de nombreux contemporains.
Mais son bilan est considérable. En 1692, il fonde l’Hôpital Général de Québec, établissement qui existe encore aujourd’hui et qui perpétue la vocation charitable initiée par son père à Saint-Vallier. Cette création témoigne d’une continuité familiale remarquable : du couvent de la Nativité à Saint-Vallier à l’Hôpital Général de Québec, la famille de La Croix de Chevrières tisse un fil charitable entre le Dauphiné et la Nouvelle-France.
Le saviez-vous ? Mgr de Saint-Vallier a investi sa fortune personnelle pour soutenir les œuvres charitables de sa terre natale, préfigurant la vocation hospitalière que le site de la rue Picpus conservera jusqu’au XXIe siècle.
Le Couvent de la Nativité : Architecture et Vie Religieuse
Le couvent de la Nativité, édifié en 1643, adopte l’architecture conventuelle typique du XVIIe siècle : bâtiments organisés autour d’un cloître, cellules pour les religieuses, réfectoire, chapelle. Les murs épais et les caves voûtées, construits pour durer, traverseront les siècles et les changements d’affectation.

Les religieuses du Tiers-Ordre franciscain y mènent une vie de prière, d’enseignement et d’assistance aux malades. Elles accueillent les jeunes filles de la noblesse et de la bourgeoisie locale pour leur éducation, perpétuant ainsi le rôle social traditionnel des couvents d’Ancien Régime.
Le nom « Picpus » s’ancre rapidement dans la toponymie valloirienne, survivant à toutes les transformations ultérieures. Aujourd’hui encore, la rue Picpus témoigne de cette origine religieuse, même si les bâtiments conventuels ont disparu.
⚙️ 1791-1924 : De la Tourmente Révolutionnaire à l’Essor Industriel
La Désacralisation de 1791 et la Vente comme Bien National
La Révolution française bouleverse radicalement le paysage religieux et foncier de la France. Le 2 novembre 1789, l’Assemblée nationale constituante décrète la mise à disposition de la nation de tous les biens du clergé. Les ordres religieux contemplatifs sont supprimés le 13 février 1790.
Le couvent de la Nativité de Saint-Vallier subit le sort commun. En 1791, il est vendu comme Bien National, c’est-à-dire confisqué à l’Église et vendu aux enchères pour renflouer les caisses de l’État révolutionnaire. Les religieuses sont dispersées, la chapelle désacralisée, les bâtiments conventuels promis à un destin civil.
Cette désacralisation, traumatisme pour les contemporains, s’avère pourtant une chance pour la conservation architecturale. Contrairement à d’autres édifices religieux détruits ou gravement mutilés, le couvent de Saint-Vallier conserve sa structure, permettant sa réutilisation civile immédiate.
L’Âge de la Soie et l’Éducation : Les 100 Ans de Transition (1791-1924)
Au cours du XIXe siècle, le site reflète parfaitement l’évolution économique de la vallée du Rhône. Vers 1834, la société de filatures et soieries Chartron s’installe dans les anciens bâtiments conventuels. Cette implantation s’inscrit dans l’âge d’or de la soierie drômoise, activité qui emploie des milliers d’ouvriers, principalement des femmes et des enfants, dans la région.
La proximité du Rhône facilite l’approvisionnement en matières premières et l’acheminement des produits finis. Les grandes salles du couvent, autrefois dédiées à la prière collective, résonnent désormais du bruit des métiers à tisser. Les cellules monacales deviennent des bureaux ou des ateliers. Cette résilience architecturale démontre comment le bâti ancien peut absorber des fonctions radicalement différentes sans perdre sa cohérence structurelle.
Cependant, la fin du XIXe siècle voit le déclin de la soierie drômoise, victime de la maladie du ver à soie (pébrine), de la concurrence internationale et de l’évolution des sources d’énergie. Les usines ferment progressivement.
Paradoxalement, c’est un retour partiel à la vocation religieuse qui sauve le site de l’abandon. Les religieuses de la Nativité, probablement liées à la congrégation fondatrice, y installent une école confessionnelle de filles. Cette institution fonctionne jusqu’en 1906, année où la loi de séparation des Églises et de l’État entraîne la fermeture des écoles congréganistes et la vente des biens à la commune.
Le saviez-vous ? L’alternance entre usages religieux, industriels et éducatifs au XIXe siècle est caractéristique de l’histoire des anciens couvents français. Cette adaptabilité témoigne de la qualité architecturale des bâtiments conventuels du XVIIe siècle.
🏥 1924-1999 : L’Hôpital au Service du Territoire
La Transformation de l’Ancien Couvent en Hôpital Moderne (1924)
En 1924, un événement capital transforme définitivement le destin du site : la commune de Saint-Vallier rachète les anciens bâtiments du couvent pour y installer officiellement l’hôpital municipal. Cette décision intervient après la mort du Dr Amodru, bienfaiteur local qui lègue une partie de sa fortune à l’institution hospitalière.
Avant 1924, l’hôpital de Saint-Vallier occupait l’actuel bâtiment de la Poste, place de la Mairie. Les locaux, exigus et inadaptés aux besoins croissants, nécessitaient un transfert vers un site plus vaste. L’ancien couvent de Picpus, avec ses grandes salles, ses murs épais et sa situation légèrement à l’écart du centre-ville, offre une solution idéale.
Le défi architectural de l’époque consiste à intégrer des services médicaux modernes dans un cadre du XVIIe siècle. Les cellules des religieuses deviennent des chambres de malades, les anciens cloîtres voient passer les premières équipes soignantes. Le site s’étend progressivement avec la construction de pavillons annexes, créant un ensemble hybride unique en Drôme du Nord.
Pendant la Première Guerre mondiale, les locaux avaient déjà servi d' »hôpital bénévole n°137 bis », accueillant les blessés du front. Cette expérience temporaire préfigure la transformation permanente de 1924.
Cette installation marque le retour symbolique à une mission de soin, trois siècles après la fondation charitable du comte de La Croix de Chevrières. Le fil rouge de la charité et du service au prochain, initié en 1643, se perpétue sous une forme laïque et républicaine.
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La Maternité de Saint-Vallier : Le Cœur Battant de la Rue Picpus (1950-1999)
À partir des années 1950, la maternité devient l’âme du site hospitalier de Saint-Vallier. Pendant près de cinquante ans, elle constituera le service le plus emblématique, celui qui ancre l’institution dans la mémoire affective de milliers de familles.
Je suis l’un de ces enfants. Né le 10 octobre 1974 à 18h25 rue Picpus, comme la très grande majorité des bébés du canton à cette époque, j’écris ces lignes avec un attachement qui dépasse la simple analyse patrimoniale. Ce lieu est mon premier territoire, ma première adresse sur cette Terre. C’est précisément ce qui confère à cet article une dimension particulière : témoigner, autant que raconter.
Cette maternité de proximité se distinguait par son approche humaine et la qualité de ses sages-femmes (comme Madame Lydie Montredon entre autres). Dans une époque où l’accouchement à domicile reculait rapidement mais où les grandes maternités urbaines restaient intimidantes, les maternités locales comme celle de Saint-Vallier offraient un compromis précieux : l’accès à la médicalisation moderne dans un cadre familier et rassurant, à portée de route pour les familles du canton.
Trois générations de Drômois et d’Ardéchois y voient le jour. Les femmes des communes environnantes — Saint-Uze, Albon, Beausemblant, Laveyron, Ponsas, la Motte-de-Galaure — viennent accoucher rue Picpus. Le lien entre les familles et la maternité dépasse la simple relation de soins : c’est un lieu de mémoire personnelle, où commencent les histoires familiales.

Le saviez-vous ? Jusqu’en 1999, des milliers d’enfants nés face au château de Diane de Poitiers ont ouvert les yeux sur les pierres séculaires de Saint-Vallier. Une rue Diane de Poitiers existe d’ailleurs face à l’entrée nord du château, symbolisant ce lien entre histoire aristocratique et mémoire populaire.
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Les sages-femmes, les infirmières, les médecins qui officiaient rue Picpus avaient acquis une réputation solide. Dans une société encore profondément rurale, où les distances comptent et où la confiance personnelle prime, cette proximité géographique et humaine constituait un atout irremplaçable.
Cependant, les évolutions réglementaires allaient progressivement remettre en cause ce modèle de maternité de proximité — avec des arguments sanitaires légitimes, mais aussi des angles morts que l’histoire a depuis rendus discutables.
🛠️ 1999-2025 : La Fin d’un Cycle et le Renouveau du Site
La Fermeture de la Maternité en 1999 : Une Décision Contestable
Le tournant du millénaire marque une rupture définitive pour la maternité de Saint-Vallier. En 1999, suite aux décrets Kouchner imposant des seuils minimaux d’activité pour garantir la sécurité des accouchements (environ 300 accouchements par an), la maternité ferme ses portes.
Cette décision purement bureaucratique provoque une onde de choc dans la population locale. Pour la première fois depuis près de cinquante ans, les femmes du canton doivent se rendre à Romans-sur-Isère (environ 20 kilomètres) ou à Valence (35 kilomètres) pour accoucher dans la Drôme, ou changer de département (Ardèche; Isère; …).
L’argument sanitaire n’était déjà pas légitime en 1999. Il l’est encore moins vingt-sept ans plus tard.
La zone de chalandise de Saint-Vallier a profondément évolué depuis la fin du siècle dernier. La communauté de communes Porte de DrômArdèche compte aujourd’hui une population en croissance régulière, portée par l’attractivité résidentielle de la vallée du Rhône et par l’essor du nord de la Drôme. Des dizaines de nouvelles familles s’installent chaque année dans les communes du canton. Des lotissements sortent de terre. Des écoles ouvrent des classes supplémentaires.
Poser la question est légitime : si la maternité de Saint-Vallier avait survécu à 1999, atteindrait-elle aujourd’hui le seuil des 300 accouchements annuels ? Les dynamiques démographiques des deux dernières décennies permettent de l’envisager sérieusement. La décision de 1999, fondée sur des projections d’une époque révolue, mérite d’être réexaminée à l’aune de la réalité territoriale actuelle.
Il y a également une question que les technocrates de la santé publique peinent parfois à formuler : celle du droit à naître sur son propre territoire. Pouvoir être né dans son canton — comme l’ont été des milliers d’enfants à Saint-Vallier — n’est pas qu’un détail administratif. C’est une appartenance, une première inscription géographique, un lien entre un individu et sa communauté. Cette dimension identitaire est difficile à quantifier dans un tableau Excel d’activité hospitalière. Elle n’en est pas moins réelle.
La fermeture de la maternité s’inscrit dans un mouvement national de restructuration hospitalière qui touche particulièrement les territoires ruraux et semi-ruraux. Entre 1975 et 2020, plus de 1 000 maternités françaises ferment, concentrant les naissances dans des établissements de plus en plus spécialisés mais aussi de plus en plus éloignés des lieux de vie.
À Saint-Vallier, la commune et les Hôpitaux Drôme Nord (HDN) maintiennent néanmoins une activité périnatale. Un Centre Périnatal de Proximité (CPP) est créé, proposant consultations gynécologiques, échographies, préparation à la naissance, acupuncture et rééducation périnéale. Ce CPP, situé route de Saint-Uze, fonctionne en lien étroit avec la maternité de Romans, permettant un suivi de proximité tout en assurant la sécurité d’un accouchement en structure de référence.
Le saviez-vous ? Malgré la fermeture de la maternité, Saint-Vallier conserve un service périnatal complet, témoignant de la volonté de maintenir une offre de soins de proximité sur le territoire.
2023 : La Démolition Finale pour une Modernisation à 15 Millions d’Euros
Le coup de grâce matériel pour les anciens bâtiments intervient en 2023. Le 14 novembre 2022, en présence du Dr Jean-Yves Grall (Directeur Général de l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes), d’Élodie Degiovanni (Préfète de la Drôme), de Marie-Pierre Mouton (Présidente du Conseil départemental de la Drôme), de Pierre Jouvet (Président de Porte de DrômArdèche et maire de Saint-Vallier, soit bannit à jamais de notre territoire !) et de Marie-Hélène Thoraval (Présidente du conseil de Surveillance des Hôpitaux Drôme Nord), le coup d’envoi officiel du projet de modernisation du site hospitalier est donné.

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D’un coût total de 15 millions d’euros, ce projet de grande ampleur prévoit :
1. La démolition de l’ancien EHPAD insalubre situé à côté de l’entrée de l’hôpital, dernier vestige des bâtiments conventuels et hospitaliers anciens.
2. La construction d’un nouveau bâtiment de 3 000 m² accueillant les urgences, l’accueil, la périnatalité (Centre Périnatal de Proximité) et les activités de consultations. Livraison prévue en 2025.
3. L’acquisition d’un scanner, permettant aux habitants de bénéficier localement de cet examen, sans avoir à se rendre à Romans.
4. La vente de terrains et bâtiments du « haut » du site, notamment à l’association Habitat & Humanisme qui y installera un EHPAD.
5. Le réaménagement de l’entrée du site avec création d’un parking moderne.
Le financement provient de l’Agence Régionale de Santé (8 millions d’euros), de la préfecture (560 000 euros), de fonds propres des Hôpitaux Drôme Nord (3 millions) et de contributions exceptionnelles des collectivités locales. Pierre Jouvet souligne : « Ce n’est pas notre rôle, les gouvernements successifs ont laissé les petits hôpitaux dépérir, on essaie de renverser la tendance.«
Cette modernisation vise à attirer les médecins généralistes dans un territoire qui compte deux fois moins de praticiens par habitant que la moyenne régionale. Elle s’inscrit dans une volonté politique de maintenir une offre de soins de proximité dans les zones rurales et péri-urbaines, malgré la concentration des moyens hospitaliers dans les grandes agglomérations.

En 2023, les pelleteuses entrent en action. Les murs épais du couvent, les caves voûtées du XVIIe siècle, les fresques du XVIIe, les pavillons hospitaliers du XXe siècle tombent sous les coups de boutoir mécanique. Une page se tourne matériellement. Mais la mémoire, elle, demeure.
Le saviez-vous ? Seuls subsistent aujourd’hui quelques alignements de murs de clôture et la mémoire archivistique conservée par les Archives départementales de la Drôme (Fonds hospitalier de Saint-Vallier, cote H-dépôt 6/1-186).
📝 Synthèse Chronologique : 380 Ans d’Histoire Condensés
1643 : Fondation du couvent de la Nativité par Jean de La Croix de Chevrières, comte de Saint-Vallier.
1688 : Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier, fils du fondateur, devient le deuxième évêque de Québec (31 juillet).
1692 : Jean-Baptiste de Saint-Vallier fonde l’Hôpital Général de Québec, perpétuant la vocation charitable initiée à Saint-Vallier.
1791 : Suppression du couvent et vente comme Bien National lors de la Révolution française.
vers 1834 : Installation de la société de filatures et soieries Chartron dans les anciens bâtiments conventuels.
Fin XIXe siècle : Les religieuses de la Nativité installent une école confessionnelle de filles dans les bâtiments.
1906 : Fermeture de l’école congréganiste suite à la loi de séparation des Églises et de l’État. Vente des biens à la commune.
1914-1918 : Fonctionnement temporaire comme « hôpital bénévole n°137 bis » pendant la Première Guerre mondiale.
1924 : Création de l’Hôpital municipal de Saint-Vallier dans les anciens bâtiments du couvent, après le décès du Dr Amodru et son legs à l’institution.
Années 1950 : Ouverture de la maternité de Saint-Vallier, qui deviendra le service emblématique du site.
1950-1999 : Près de cinquante ans d’activité de la maternité, voyant naître trois générations de Drômois et d’Ardéchois, dont l’auteur de ces lignes en 1974.
1999 : Fermeture définitive de la maternité suite aux décrets imposant un seuil minimal de 300 accouchements annuels. Transfert des naissances vers Romans-sur-Isère et Valence.
Années 2000 : Création du Centre Périnatal de Proximité (CPP) maintenant un suivi de grossesse local en lien avec la maternité de Romans.
14 novembre 2022 : Lancement officiel du projet de modernisation du site hospitalier de Saint-Vallier (15 millions d’euros).
2023 : Démolition des derniers bâtiments anciens (ancien EHPAD et vestiges conventuels) pour faire place au nouveau plateau technique.
2025 : Livraison prévue du nouveau bâtiment de 3 000 m² accueillant urgences, périnatalité, consultations et scanner.
❓ Questions Fréquentes : Vos Interrogations, Nos Réponses
Pourquoi appelait-on ce site le « couvent de Picpus » ?
Bien que dédié à la Nativité, le couvent fondé en 1643 accueillait des religieuses du Tiers-Ordre franciscain dont la maison mère lyonnaise se situait dans le quartier Picpus à la Guillotière (actuel 3e arrondissement de Lyon). Ce couvent lyonnais des Picpus, fondé en 1607, donna son nom à toutes les communautés qui en dépendaient.
Par extension, le couvent de Saint-Vallier hérita de cette appellation populaire. Le nom s’est ensuite ancré durablement dans la toponymie locale, survivant à toutes les transformations : soierie, école, hôpital. Aujourd’hui encore, la rue Picpus témoigne de cette origine religieuse du XVIIe siècle.
Que reste-t-il aujourd’hui du couvent du XVIIe siècle ?
Suite aux démolitions de 2023 dans le cadre du projet de modernisation hospitalière, la majeure partie de la structure aérienne a disparu. Les pelleteuses ont rasé les derniers bâtiments anciens, y compris l’ancien EHPAD qui occupait une partie des structures conventuelles.
Seuls subsistent aujourd’hui :
- Quelques alignements de murs de clôture, vestiges de l’enceinte conventuelle
- La mémoire archivistique conservée aux Archives départementales de la Drôme (Fonds hospitalier de Saint-Vallier, cote H-dépôt 6/1-186)
- La toponymie locale (rue Picpus)
- La mémoire collective des Valloiriens et des familles qui ont un lien avec l’ancien site
Cette disparition matérielle rend d’autant plus précieuse la documentation historique et la transmission mémorielle.
Quel est le lien exact entre Saint-Vallier et le Québec ?
Le lien entre Saint-Vallier (Drôme) et Québec (Canada) est à la fois familial, spirituel et charitable, incarné par la figure de Mgr Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1653-1727).
Né à Grenoble dans la famille fondatrice du couvent de Picpus, Jean-Baptiste devient le deuxième évêque de Québec en 1688. En 1692, il fonde l’Hôpital Général de Québec, qui existe encore aujourd’hui et qui est considéré comme l’une des plus anciennes institutions hospitalières d’Amérique du Nord.
Cette fondation québécoise perpétue directement la vocation charitable initiée par son père à Saint-Vallier en 1643. Les deux institutions — le couvent de la Nativité devenu hôpital et l’Hôpital Général de Québec — partagent une origine spirituelle et familiale commune, créant un pont historique remarquable entre le Dauphiné et la Nouvelle-France.
Au Québec, plusieurs institutions portent encore le nom de « Saint-Vallier » en hommage à cet évêque dauphinois, notamment l’Hôtel-Dieu Saint-Vallier de Chicoutimi (fondé en 1884).
Combien d’enfants sont nés à la maternité de Saint-Vallier ?
Il n’existe pas de statistiques publiques précises sur le nombre total de naissances à la maternité de Saint-Vallier entre les années 1950 et 1999. Cependant, sur une période de près de cinquante ans, avec une activité moyenne (inférieure au seuil de 300 accouchements annuels qui a motivé la fermeture), on peut estimer raisonnablement entre 10 000 et 15 000 naissances.
Ces enfants, aujourd’hui adultes et parfois parents ou grands-parents, constituent plusieurs générations de Drômois et d’Ardéchois pour qui la rue Picpus représente le premier lieu de vie. Cette mémoire affective collective explique l’attachement particulier de nombreuses familles au site, malgré sa transformation.
Peut-on encore accoucher à Saint-Vallier ?
Non, il n’est plus possible d’accoucher à Saint-Vallier depuis la fermeture de la maternité en 1999. Les naissances sont désormais prises en charge par la maternité de Romans-sur-Isère (Hôpitaux Drôme Nord) ou par le centre hospitalier de Valence, pour ceux qui accouchent dans la Drôme, sinon en Ardèche (Annonay; Tournon) et Isère.
Néanmoins, le Centre Périnatal de Proximité (CPP) de Saint-Vallier, situé route de Saint-Uze, propose un suivi complet de grossesse :
- Consultations gynécologiques
- Échographies
- Consultations pré et post-natales
- Séances de préparation à la naissance
- Acupuncture
- Rééducation périnéale
Ce CPP fonctionne en lien étroit avec la maternité de Romans, permettant un suivi de proximité tout en garantissant la sécurité d’un accouchement en structure de référence.
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Quelle est la date de livraison du nouveau bâtiment hospitalier ?
Selon les annonces officielles faites lors du lancement du projet le 14 novembre 2022, le nouveau bâtiment de 3 000 m² devait être livré en 2025. Ce bâtiment accueillera les urgences, l’accueil, le Centre Périnatal de Proximité et les activités de consultations, ainsi qu’un scanner permettant aux habitants du territoire de bénéficier de cet examen localement.
Le chantier, d’un coût total de 15 millions d’euros, constitue l’un des plus importants investissements hospitaliers récents en Drôme du Nord. Il vise à moderniser l’offre de soins et à attirer les médecins dans un territoire qui en manque cruellement.
📖 Glossaire Patrimonial et Historique
Bien National : Biens de l’Église, de la noblesse émigrée ou des institutions religieuses confisqués et vendus pendant la Révolution française (1789-1799) pour renflouer les caisses de l’État. La vente des Biens Nationaux a profondément transformé le paysage foncier français et permis l’émergence d’une nouvelle classe de propriétaires.
Bâtiment Conventuel : Ensemble des bâtiments destinés à la vie commune des religieux dans un monastère ou un couvent : dortoirs, réfectoire, salle capitulaire, cloître, chapelle. L’architecture conventuelle suit des principes fonctionnels précis permettant la vie communautaire et la prière.
Centre Périnatal de Proximité (CPP) : Structure médicale proposant un suivi de grossesse complet (consultations, échographies, préparation à la naissance) en lien avec une maternité de référence. Les CPP permettent de maintenir une offre de soins périnatal s de proximité dans les territoires où les maternités ont fermé.
Désacralisation : Acte de retirer le caractère sacré d’un lieu de culte (église, chapelle, oratoire) pour lui donner un usage civil ou profane. La désacralisation suppose une cérémonie religieuse préalable et la déconsécration de l’autel.
Tiers-Ordre Franciscain : Ordre religieux fondé par saint François d’Assise pour permettre aux laïcs et aux religieux de vivre selon la spiritualité franciscaine tout en restant dans le monde ou en formant des communautés. Les « Picpus » appartiennent à cette branche du franciscanisme.
Toponyme : Nom de lieu issu de l’histoire, de la géographie, de l’usage ou d’un événement particulier. Les toponymes constituent une mémoire collective cristallisée dans le paysage. La rue Picpus à Saint-Vallier est un toponyme témoignant de l’ancienne présence du couvent.
Filature : Établissement industriel où l’on transforme des fibres textiles (soie, coton, laine, lin) en fils par torsion mécanique. Au XIXe siècle, la Drôme compte de nombreuses filatures de soie, activité qui structure l’économie locale jusqu’au déclin de la fin du siècle.
Seuil minimal d’activité : Nombre minimum d’actes médicaux (accouchements, opérations chirurgicales, etc.) qu’un service hospitalier doit réaliser annuellement pour garantir la sécurité sanitaire et maintenir les compétences des équipes. Les décrets Kouchner (fin années 1990) ont imposé un seuil de 300 accouchements annuels pour les maternités, entraînant la fermeture de nombreuses petites structures.
👤 Mini-Biographie : Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (1653-1727)
Né à Grenoble le 14 novembre 1653, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier incarne le destin exceptionnel d’un aristocrate dauphinois devenu figure majeure de l’Église catholique en Nouvelle-France.
Fils de Jean de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier (magistrat et diplomate) et de Marie de Sayve, il bénéficie d’une éducation soignée au collège des Jésuites de Grenoble puis au séminaire Saint-Sulpice de Paris. Brillant étudiant, il obtient sa licence en théologie en 1672 à seulement 19 ans.
Ordonné prêtre en 1681, il est nommé aumônier ordinaire de Louis XIV en 1676, à 23 ans. Cette fonction prestigieuse le place au cœur de la cour de Versailles, où il côtoie la haute noblesse et le clergé de France. Malgré les propositions flatteuses (évêchés de Tours et de Marseille), il choisit en 1685 une mission autrement exigeante : succéder à Mgr François de Laval comme évêque de Québec.
Sacré évêque le 25 janvier 1688 à l’église Saint-Sulpice de Paris, il arrive à Québec le 31 juillet 1688. Son épiscopat, qui durera près de quarante ans, est marqué par un zèle pastoral intense mais aussi par de nombreux conflits. Homme austère, intransigeant, exigeant, il lutte vigoureusement contre l’ivrognerie, l’immoralité, le blasphème, la danse et les fêtes, ce qui lui vaut l’inimitié du gouverneur Frontenac, du chapitre de la cathédrale, des Jésuites, des Récollets et d’une partie de son diocèse.
Malgré ces tensions, son bilan est considérable. En 1692, il fonde l’Hôpital Général de Québec, établissement qui existe encore aujourd’hui. Il fait construire le palais épiscopal (1693-1695), crée le monastère des Ursulines de Trois-Rivières (1697), publie un Catéchisme du diocèse de Québec (1702) et un Rituel du diocèse de Québec (1703) qui marqueront durablement la vie religieuse québécoise.
En 1704, pendant la guerre de Succession d’Espagne, il est capturé par la flotte anglaise et emprisonné jusqu’en 1713. De retour à Québec en août 1713, il abandonne son palais épiscopal pour vivre humblement à l’Hôpital Général, distribuant sa fortune aux pauvres, vendant même ses souliers et son lit.
Il meurt le 26 décembre 1727 à Québec, reconnu comme personnage historique national du Canada. Son souvenir honore la famille de La Croix de Chevrières et, par extension, la ville de Saint-Vallier dont il était originaire.
📚 Bibliographie & Sources Vérifiables
Archives et sources primaires
- Archives départementales de la Drôme, Fonds hospitalier de Saint-Vallier (H-dépôt 6/1-186).
- Carte Patrimoine Drôme, notice « Hôpital (ancien couvent de Picpus et de la Nativité) » : https://cartepatrimoine.ladrome.fr/notice-1328
Sur Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier
- Dictionnaire biographique du Canada, notice « La Croix de Chevrières de Saint-Vallier, Jean-Baptiste de » par Alfred Rambaud : https://www.biographi.ca/fr/bio/la_croix_de_chevrieres_de_saint_vallier_jean_baptiste_de_2F.html
- Répertoire du patrimoine culturel du Québec, notice biographique : https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?id=8098
- JAENEN Cornelius J., « Saint-Vallier, Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de », L’Encyclopédie Canadienne, Historica Canada, 2013 : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/saint-vallier-jean-baptiste-de-la-croix-de-chevrieres-de
Sur le couvent de Picpus
- FONT-RÉAULX Jacques de, Inventaire des archives de Saint-Vallier, Valence, 1935.
- Wikisource, « Histoire des églises et chapelles de Lyon/Picpus » : https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_des_%C3%A9glises_et_chapelles_de_Lyon/Picpus
Sur la modernisation hospitalière
- Hôpitaux Drôme Nord, « Lancement du projet de modernisation du site hospitalier de Saint-Vallier », 14 novembre 2022 : https://www.hopitaux-drome-nord.fr/actualites/lancement-du-projet-de-modernisation-du-site-hospitalier-de-saint-vallier
- France Bleu Drôme Ardèche, « L’hôpital de Saint-Vallier va être modernisé », 15 novembre 2022 : https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/l-hopital-de-saint-vallier-va-etre-modernise
- Appel d’offres public, « Démolition de bâtiments de l’hôpital de Saint-Vallier », 2022 (Communauté de Communes Porte de DrômArdèche).
Sur l’histoire hospitalière
- DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, Rapports sur la restructuration hospitalière, 2024.
🔗 Liens Utiles pour Prolonger la Découverte
Institutions et patrimoine
- Hôpitaux Drôme Nord – Site de Saint-Vallier
- Archives départementales de la Drôme
- Carte Patrimoine Drôme – Histoire hospitalière
- Office de Tourisme Porte de DrômArdèche – Parcours historique de Saint-Vallier
Pour aller plus loin
- Dictionnaire biographique du Canada – Personnages liés à Saint-Vallier
- Répertoire du patrimoine culturel du Québec
- Appartenances.fr – Chroniques du patrimoine de la Drôme du Nord
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